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Les Livres
Dimitri
Mérejkovsky
La
naissance des Dieux - Roman
Traduction, préface et notes de Lucile Négel
La Naissance des Dieux parut en 1925 à Prague. C'était une sorte de prologue aux deux volumes du Messie - Akhenaton. Contrairement à la Mort des Dieux, qui suit de très près les sources antiques de la vie de l'empereur Julien,
Mérejkovsky avait choisi une période de l'histoire où il n'avait rien de tel à sa disposition. Son roman est donc d'imagination,
reconstitution d'une Crète possible.
Emigrés après la révolution de 1917, Dmitri Mérejkovsky et sa femme Zinaïda Hippius s'étaient fixés depuis 1920 à Paris qu'ils ne
devaient plus quitter. Cette trilogie est la dernière oeuvre romanesque de Mérejkovsky, qui n'écrivit plus jusqu'à sa mort en 1941 que des essais
aux thèmes les plus variés, mais où l'on peut suivre certaines lignes directrices.
On était alors en pleine "crètomanie". Les fouilles de Sir Arthur Evans à Cnossos au début du siècle (le palais fut mis au jour de 1900 à
1906) avaient passionné l'Europe, qui découvrait une civilisation totalement inconnue. Evans avait inauguré la stratigraphie architecturale qui
permettait l'étude des différents niveaux, se référait à l'ethnologie et
l'histoire de l'art - premier essai de méthodes scientifiques en archéologie, jusque là le fait d'amateurs passionnés sinon éclairés, comme un peu plus
tôt Schliemann croyant trouver à Issarlik la Troie d'Homère (en fait, il s'était trompé de niveau) et le masque d'Agamemnon à Mycènes. Comme
eux, cependant, Evans interprète beaucoup et recrée à Cnossos un labyrinthe en partie rêvé.
La Naissance des Dieux doit sans doute beaucoup aux fouilles d'Evans et à sa reconstitution de la société
Crétoise. De nombreuses descriptions de peintures et objets d'art viennent directement des fouilles
de Cnossos...
Mais le Labyrinthe était-il un édifice ? Selon plusieurs auteurs, il s'agirait d'un dallage en mosaïque qui indiquait les pas d'une danse rituelle
de la perdrix (l'oiseau d'Aphrodite), sur le modèle de la chasse qui attire la femelle vers un mâle enfermé au centre d'un fourré.
Mérejkovsky ne semble pas avoir connu la découverte par Howard Carter en 1922 de la tombe de Toutankhamon. Ce pharaon très secondaire,
qui monta sur le trône vers 9 ou 10 ans et mourut à 19, doit sa célébrité au fait que sa tombe est la seule restée inviolée dans la vallée des Rois (sa
mort soudaine lui avait valu une inhumation hâtive dans une tombe écartée destinée à un autre, et les pilleurs, à l'oeuvre dès l'antiquité, ne la
découvrirent jamais). Bien entendu, cette biographie exclut la présentation qu'en fait Mérejkovsky d'un courtisan retors et cynique, de toute évidence
plus âgé que ne le fut jamais le vrai Toutankhamon. On ignore quel est son lien de parenté avec Akhenaton, à qui il succéda. C'était peut-être un
fils né d'une concubine. On sait que Néfertiti n'eut que six filles, dont Toutankhamon épousa l'aînée, Ankhesenpaton. C'était le mode de légalisation classique lorsque le successeur désigné était le fils d'une épouse
secondaire. C'est sous son règne qu'Amon redevint le dieu principal, mais on peut douter qu'il y fut pour grand-chose.
Au-delà de l'histoire de cette période, si mal connue qu'on ne peut éviter d'en inventer une bonne part, Mérejkovsky reprend plusieurs thèmes
qu'il traitera par la suite dans ses essais. Akhenaton est un jalon vers le dieu unique, et donc le Christ. La Naissance des Dieux retrace le passage
des anciens dieux barbares, assoiffés de sang, à un dieu abstrait d'amour. Mérejkovsky attribue à la Crète des dieux qui furent surtout phéniciens,
multiples mais indifférenciés...
Éditions de L'Agly
137 pages - 15 cm x 22 cm
ISBN : 2913025242.
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