Russie.net, le Web franco-russe

Livres

Accueil

Livres

» Salon du Livre 2005
» Art - Culture
» Bilingues (livres)
» Biographies
» Dictionnaires
» Économie
» Histoire - civilisation
» Jeunesse
» Librairies
» Littérature
» Photo-album
» Tourisme
» Contact

 

Découvrez notre sélection des livres sur la Russie dans la Boutique France-CEI et la librairie Slavika.

Pour écrire en russe, utilisez les autocollants
cyrilliques, cliquer ici!

Retrouvez toute la Russie sur Internet !
Votre avis sur
Russie.net?

Les Livres

"Henri Sauguet" par Hélène Rochefort-Parisy

Commander le livre de Hélène Rochefort-Parisy - 'Henri Sauguet'Henri Sauguet (1901-1989) un académicien autodidacte et les "Ballets russes"

Histoire du ballet - La Chatte

Cette année (1924), Erik Satie présente Henri Sauguet an génial fondateur et directeur des Ballets  russes, qui a été intéressé par les Françaises : Serge de Diaghilev. Celui-ci a profondément influencé l'art du XXe siècle et suscité une longue série de chefs-d'œuvre. Son génie a consisté à savoir découvrir de nouveaux talents et à les rassembler dans une œuvre commune, que ce soit les peintres tels Picasso, Matisse, Derain, Braque, les musiciens tels Stravinsky, Prokofiev, Debussy, Ravel, Milhaud, ou les danseurs tels Nijinski, Balanchine ou Lifar. Les Ballets russes représentent ainsi un pôle artistique majeur et inégalé, quoi que souvent copiés. Tout, de la chorégraphie aux interprètes, du décor à la musique, concourt à créer un climat unique. La réussite de Diaghilev tient à la synthèse des arts qu'il a su réaliser avec sa troupe et au travail d'équipe fourni par les différents intervenants. Son public, très vaste, est d'ailleurs animé d'un immense sentiment de curiosité.

En présence de cette forte personnalité, très intimidé, Sauguet, qui n'a encore que 23 ans, perd ses moyens, lors de deux rendez-vous successifs. Ce n'est ensuite qu'en 1926, sur la recommandation de Roger Désormière devenu chef d'orchestre des Ballets russes, que Diaghilev commande à Sauguet la musique d'un ballet ; son second ballet et son second contrat par la même occasion. Cette demande est une véritable consécration pour tout compositeur, étant donné le rôle et l'importance de cette illustre troupe ; pour Sauguet, bordelais devenu parisien depuis seulement trois ans, c'est en quelque sorte la gloire à seulement 25 ans !

Boris Kochno, secrétaire personnel de Diaghilev, lui propose le sujet de La Chatte, tiré clé La Femme métamorphosée en chatte, fable d'Ésope reprise par La Fontaine. Le même sujet a déjà été utilisé par Offenbach dans une opérette en un acte, La Chatte métamorphosée en femme.

Amoureux d'une chatte, un jeune homme prie Vénus de la métamorphoser en femme. Elle y consent mais, afin d'éprouver la Fidélité de la jeune femme, la déesse lui envoie une souris. Ses instincts reprenant alors le dessus, elle suit la souris et retrouve son apparence de chatte, abandonnant le jeune homme qui succombe au désespoir. Le ballet s'achève sur la procession funèbre du jeune homme emporté par ses compagnons.

Kochno, qui ne désire pas que son nom apparaisse trop souvent sur les programmes, signe le livret du pseudonyme Sobeka, qui évoque les trois collaborateurs : S pour Sauguet, B pour Balanchine et K pour Kochno. La passion de Sauguet pour les chats le poursuit ainsi jusque dans son travail.

Cette œuvre est composée à Monte-Carlo, ville de résidence des Ballets russes. Pour ce faire, Sauguet a obtenu un congé de trois mois de son emploi de secrétaire. L'entente avec Balanchine est excellente et le travail du musicien s'effectue en parallèle de celui du chorégraphe. Ainsi, Sauguet compose au piano et apporte au fur et à mesure ses esquisses. Ce n'est qu'après avoir vu la chorégraphie qu'il conçoit son orchestration, afin que l'harmonie de l'œuvre soit totale. Il s'agit d'un véritable travail en commun et c'est dans cet esprit de collaboration que tous ses ballets seront composés car, dit-il, «je ne suis pas de ces auteurs qui estiment qu'une partition ne doive pas être touchée. Même dans le cas d'une mélodie, l'interprète a son mot à dire. » Leçon de modestie du compositeur, dont c'est un des grands traits de qualité.

Pour réaliser le décor, Sauguet propose un de ses amis, le peintre Christian Bérard. Boris Kochno raconte pourquoi celui-ci est éliminé : « C'est Jean Cocteau qui, le premier, avait parlé de lui à Diaghilev, comme d'un futur grand peintre et décorateur. Malheureusement, Cocteau avait trop insisté sur le fait que Bérard était "sa découverte", voulant rivaliser avec Diaghilev par ses dons de sourcier, ce qui irrita Diaghilev et le rendit d'avance hostile à Bérard. » II choisit donc deux Russes récemment exilés, Anton Pevsner (qui réalisera en fait la majeure partie du décor) et Naum Gabo.

Ces deux Russes sont frères et appartiennent au mouvement constructiviste dont ils ont propagé les idées en 1921 dans leur Manifeste du constructivisme. Les danseurs portent clés casques réalisés en mica ainsi que des ceintures métalliques, à l'image du décor fait de constructions verticales et courbes également en matière plastique transparente se détachant sur un fond de toile cirée noire. Ils portent des formes géométriques en bois :un carré, un cercle, une ellipse, un trapèze, peints en  blanc d'un côté, en noir de l'autre. Ainsi, en faisant tourner ces objets, lorsque la face noire est orientée vers le public, ils deviennent invisibles. A la Fin du ballet, ces objets recouvrent le jeune homme mort de chagrin, lui faisant une sorte de sarcophage. Ce décor futuriste, peu assorti à une œuvre très mélodique et, elle, pas du tout futuriste, surprend d'abord Sauguet mais finalement le  conquiert.

L'œuvre musicale est surtout remarquable par sa richesse mélodique, caractéristique principale de Sauguet. On peut aussi y retrouver l'écho d'une valse de Richard Strauss, dont il a entendu peu de temps auparavant Le Chevalier à la rose à l'Opéra de Paris. Ce célèbre compositeur va ensuite lui envoyer ses compliments, par l'intermédiaire de Diaghilev, pour le ballet.

Celui-ci est créé à Monte-Carlo le 30 avril 1927 par Olga Spessivtzeva (surnommée la Spessiva) et Serge Lifar. Malgré le déséquilibre et l'antinomie entre la musique et le décor, entre la mélodie et la grâce des danseurs d'une part et l'abstraction d'autre part, ou peut-être justement à cause de ce profond contraste, le succès ne se fait pas attendre.

L'œuvre est reprise dès le mois de mai à Paris, sous la direction de Roger Désormière, avec Alice Nikitina, qui remplace désormais Olga Spessivtzeva souffrante et apprend son rôle en un jour. Elle et Lifar sont « acclamés comme jamais auparavant. Paris avait eu son frisson nouveau. » La tournée se poursuit en Angleterre, où Sauguet va pour la première fois. A Londres, le triomphe est tel qu'on voit même dans les vitrines des statuettes représentant le couple vedette.

Pourtant, à l'issue de la première représentation, Diaghilev, de mauvaise humeur, fait l'étonné devant le succès du ballet : « Cette machine marche, dit-il à Sauguet, je me demande pourquoi. » II est vrai que le compositeur, manquant à l'usage, ne lui a pas dédié la partition. Cet oubli vaut également à Sauguet de n'être pas invité au dîner traditionnel qui suit les grandes premières parisiennes. Ayant par avance refusé les invitations de ses amis en prévision de ce dîner, il se retrouve seul, à la fois triste et heureux après le triomphe, et rentre mélancoliquement chez lui. Après les applaudissements, la vie reprend tranquillement son cours et dès le lendemain, Sauguet retrouve son emploi clé secrétaire. Bonheur et malheur de la condition d'artiste... Ce ballet, qui permet véritablement à Henri Sauguet de s'affirmer en tant que compositeur de musique reconnu, va également lui permettre bientôt de quitter son emploi, sans intérêt autre que matériel, pour se consacrer à la musique. Il utilise alors ses talents et son temps en devenant un redouté et redoutable critique musical (dans L'Europe nouvelle, Le Jour ou encore La Revue, hebdomadaire). Ce ballet marque aussi le point de départ clé la brillante carrière de chorégraphe de Georges Balanchine.

La Chatte est jouée plus de cent fois en deux ans et sa carrière prometteuse n'est interrompue que par la mort de Diaghilev en 1929. Celui-ci, dont l'instinct une fois de plus ne l'a pas trompé, a lui-même reconnu qu'il s'agissait du plus grand des succès des Ballets russes depuis Le Spectre de la rosé. Pour Sauguet, cette œuvre confirme sa vocation clé compositeur de ballet, genre qui convient si bien à sa musique naturellement dansante. 

Histoire du ballet - David

L'année suivante, André Doderet lui propose d'écrire un ballet ayant pour thème les péripéties de  David contre Goliath, d'après la Bible. Le projet est en cours lorsqu'il apprend au compositeur qu'Ida Rubinstein souhaite monter un spectacle à l'Opéra chaque saison et veut son propre répertoire. Cette ancienne étoile des Ballets russes, non seulement interprète mais créatrice et mécène, décide en effet de créer sa propre compagnie et s'adresse principalement aux musiciens,  chorégraphes et décorateurs découverts par Serge de Diaghilev : Ravel, Stravinsky, Auric, Massine, Nijinska, Alexandre Benois.

Henri Sauguet se rend donc chez la danseuse, dans son hôtel de la place des États-Unis décoré par Léon Bakst, pour lui présenter le David en chantier. « Une entrevue avec celle qui avait incarné Saint Sébastien, avec celle qui avait rendu célèbre Schéhérazade de Rimski-Korsakov aux Ballets russes, celle qui était si mystérieuse, fascinante, d'une étrange et comme surprenante beauté à la fois Burne-Jones et Botticelli, était on s'en doute extrêmement intimidante. »

Elle commande le ballet à Sauguet avec, à l'appui, une somme conséquente. A ce sujet, une histoire peu banale, et sans doute unique, lui arrive. Après l'avoir très bien payé, Ida Rubinstein le convie chez elle à déjeuner et lui dit : « En réglant les notes des copistes, je me suis aperçue qu'ils gagnaient plus que les compositeurs. Ce n'est pas normal ; alors voici un supplément. » Et, en même temps, elle lui donne un chèque.

Le jeune compositeur simplifie son écriture musicale et conçoit sa partition comme une suite de chromos dépouillés à l'extrême, dans le style « images d'Épinal », et en contraste absolu avec le décor d'Alexandre Benois, conforme à son style fait de grandes fresques. Cette musique simple et linéaire est très fidèle à son esthétique de l'époque, presque banale. Alors que le ballet La Chatte et la partition elle-même sont restés célèbres, David ne remporte à sa création, le 4 décembre 1928 à l'Opéra de Paris, qu'un succès mitigé, sous la baguette de Waller Straram. Il est vrai que ce chef d'orchestre n'apprécie pas la partition, d'où quelques tiraillements avec le compositeur. Plus tard,  Inghelbrecht, admirateur quant à lui de la partition, devait la donner souvent en concert.

Une autre mésaventure marque le soir de la première. Pourtant applaudi, le compositeur ne peut venir saluer sur scène : en sortant de sa loge, il se cogne la tête et s'évanouit !

L'opinion de Serge de Diaghilev sur cette soirée sera nuancée : « Sauf le ballet David, mis en scène par Massine, où l'on pouvait discerner une certaine construction chorégraphique, toutes les antres œuvres [montées par Ida Rubinstein, à savoir Le Baiser de la fée d'Igor Stravinsky et La Princesse Cygne de Rimski-Korsakov] ne sont que chaos dénué de toute imagination créatrice et de la moindre idée nouvelle. »


Votre avis sur un livre, cliquez ici!

Avec SLAVIKA.com, le monde slave est à un clic de chez vous!
Livres, guides et cartes sur la Russie et les pays de l'est...


 

Russie.net, le Web franco-russe


1997 - Russie.net © Envoyer un E-mail