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Les LivresLes surprises de la Loubianka
Avec ce second ouvrage, l'auteur Vitali Chentalinski, lui même publiciste et écrivain autorisé depuis les débuts de la Perestroïka à faire des recherches dans les archives littéraires du KGB, poursuit dans la lignée de "La Parole Ressuscitée", titre d'un premier ouvrage publié en 1993, qui a exhumé les derniers écrits volés et enfouis de plusieurs grands poètes et écrivains de la Russie du premier tiers de siècle. C'est une période qu'on qualifie souvent de "Siècle d'argent" de la poésie. Ces écrivains, ainsi rendus "outre-tombe" à la culture universelle, s'étaient retrouvés à un degré ou un autre victimes mais le plus souvent martyrs de l'impitoyable appareil de repression totalitaire. Le premier ouvrage avait permis de lever certaines incertitudes lourdes sur les derniers moments de poètes comme Ossip Mandelstam, mort dans les camps en 1938 après sa seconde arrestation ou d'écrivains comme Boris Pilniak ou Isaak Babel fusillés dans les mêmes sinistres années. Il dévoilait un journal intime de Mikhail Boulgakov (l'auteur du Maître et Marguerite) qui lui avait été confisqué par le Guépéou puis rendu après moult démarches. Mais une copie en avait ait été faite sans autorisation. Boulgakov a dû s'en douter et ce fait donne un nouvel éclairage à l'un des dialogues du "Maitre et Marguerite", où jusqu'à présent l'on ne voyait que du fantastique allusif : le personnage diabolique Wolland fait à un moment remarquer au Maître que les "manuscrits ne brûlent pas". Il ressort de ces archives, "livrées quelquefois avec parcimonie mais aussi par moments avec une aide réelle par certains documentalistes qui ont compris", selon Chentalinski, que Boulgakov a sans doute dû la vie sauve au fait que Staline aimait sa pièce "Les jours des Tourbine", adaptée du roman "la Garde blanche" ! Celà n'a pas empêché son auteur d'être convoqué à la Loubianka juste avant une représentation de cette pièce pour s'entendre reprocher (nous le savons maintenant par la grâce des archives) de ne pas "être assez optimiste" et de "ne pas décrire la paysannerie ou la classe ouvrière". Chentalinski avait encore trouvé un roman inédit d'Andreï Platonov, l'auteur du roman allégorique "Les Herbes Folles de Tchevengour", des poêmes qu'il trouve étrangement prémonitoires, notamment de Tchernobyl, du poête Nicolas Kliouev et d'autres incunables du même genre malgré les nombreuse destructions d'archives à l'approche des troupes nazies en 1941 puis sur ordre de la direction du KGB à la veille des ouvertures ordonnées au début de la Glasnost', selon les explications de Chentalinski. Ce dernier a encore trouvé des indications sur les turpitudes que le régime a fait subir même à Maxime Gorki, allant jusqu'à assassiner son fils dont l'épouse, Nadejda Pechkov, avait eu le malheur de plaire à Guenrikh Iagoda, chef du Guépeou entre 1930 et 1936. Tout en étant une figure emblématique du régime, Gorki a multiplié les interventions en faveur d'écrivains victimes des "Organes", comme le confirment les archives aujourd'hui, contrairement à d'autres écrivains qui n'ont pas hésité à dénoncer. Parmi les découverte livrées dans le second ouvrage, et présentées d'une manière plus racontée et peut-être plus facilement accessible à un public peu familier de cette époque, on retient le sort de la poètesse Marina Tsvetaeva, l'une des plus brillantes représentante du "Siècle d'argent", et de son mari Sergueï Efron qui ont d'abord émigré au lendemain de la révolution de 1917. Ce dernier est devenu un espion soviétique à Paris qu'il quitte précipitamment en 1937 avant d'être arrêté par la police française pour sa participation à l'assassinat d'Ignace Reiss, un transfuge de l'appareil soviétique qui voulait rejoindre Trotsky. Marina décide de le rejoindre en Russie, de le suivre "comme un chien", selon ses termes, au nom d'un amour qu'elle clame encore dans ses derniers poêmes. Les archives publiées révèlent que peu après son arrivée à Moscou, sa fille est arrêtée et déportée, son mari arrêté et accusé d'être un agent français puis fusillé. Trois lettres de Tsvetaeva à Lavrenti Beria, aux commandes du NKVD depuis 1938, figurent dans les archives. Elles resteront sans réponse et la poétesse se suicidera un mois avant l'éxécution de son mari. Boris Savinkov est un autre personnage haut en couleur dont on ne connaissait pas le sort. Terroriste socialiste révolutionnaire avant la révolution, il fut ministre du gouvernement provisoire puis organisateur du premier réseau terroriste anti-bolchévik après la guerre civile à partir de la France. Il est tombé dans un piège tendu par le Guépéou en 1924 et a disparu. Les archives révèlent que sa détention et sa mort furent à l'image de sa vie : il force le respect de Felix Dzerjinski, le fondateur de la Tchéka, propose de collaborer avec les "rouges", est autorisé à partager sa cellule avec sa maitresse et est finalement retrouvé mort dans la cour de la Loubianka après une chute du quatrième étage... Mais l'histoire la plus frappante est celle de cette "nuit avant Noël" de 1918 où Lénine en personne est victime d'une agression crapuleuse d'un bandit qui lui vole sa voiture. L'histoire de l'URSS a failli basculer ce soir là mais le bandit ne se rend compte de rien et laisse partir le président des Commissaires du peuple en lui expliquant seulement que le maître de Moscou la nuit, c'est lui : Iachka Kochelkov (Jacquou Porte-monnaie). Les archives littéraires dévoilent que les jeunes Isaak Babel et Mikhail Boulgakov avaient été sollicités pour arranger cette histoire au bénéfice de Lenine. L'idée de publication a finalement été abandonnée sans doute pour ne pas reconnaitre à quel point Moscou était livrée aux bandits. Editeur : Robert Laffont Pour Russie.net, Dimitri de Kochko
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