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Les Livres
Laurence
Catinot-Crost
La tsarine martyre,
dernière impératrice de Russie
Épilogue du livre dans lequel l'auteur décrit le massacre de la famille
impériale :
Dans la soirée, l'équipe de Kabanov débarrasse de ses meubles une chambre située en sous-sol. La nuit est déjà bien avancée ce
17 juillet lorsque le commandant Iourovski fait irruption dans l'appartement qu'occupent Leurs Majestés. S'adressant au tsar, il
lui dit: « Il y a de l'agitation en ville, aussi par sécurité je vous demande de
descendre au rez-de-chaussée. »
Le tsar ne dit mot. Iourovski leur ordonne ainsi qu'aux enfants et aux serviteurs de s'habiller et de descendre. Une insurrection est probable, il faut évacuer la maison... Les onze prisonniers sont conduits dans la pièce vide du sous-sol éclairée par des lampes à huile. Nicolas qui porte dans ses bras Alexis souffrant, demande une chaise pour y installer son fils. Un soldat en apporte une, il est suivi par un groupe d'hommes armés qui se placent face aux membres de la famille impériale groupée au centre de la pièce. Anastasia tient Jammy dans ses bras. Dans la cour, le moteur d'un camion tourne.
Au bout de trois heures d'attente, la porte s'ouvre, Iourovski, suivi de soldats lettons, pénètre dans la salle.
« Nicolas Alexandrovitch, vos amis ont essayé de vous sauver, mais ils n'y ont pas réussi. Nous sommes dans l'obligation de vous fusiller. Votre vie est terminée. »
Nicolas II ouvre la bouche, Alexandra se signe, Iourovski décharge son arme sur le père et le fils. Nicolas est mort sur le coup. Alexis, gravement blessé, gémit. Les Lettons font feu... La tsarine est tuée. Son
cadavre gît aux pieds de celui du tsar et du tsarévitch qui agonise. Le massacre dure plus d'une demi-heure pour se terminer à coup de baïonnettes. Kabanov racontera :« II y avait tant de bras armés, de revolvers tendus vers les condamnés que ceux de devant furent brûlés au poignet par les tirs venus de
derrière. Ayant déchargé mon pistolet sur les détenus, je montai au grenier mais il n'y avait personne aux abords de la maison. Le local était entouré d'une
double barrière de bois et nous pensions que les coups de feu ne seraient pas entendus en ville. En outre, nous avions décidé de placer sous la fenêtre une automobile de marque Ford, un modèle ancien, donc au moteur très bruyant et de le mettre en marche afin de couvrir le bruit des tirs. Je redescendis signaler cependant qu'on entendait fort bien les coups de feu. À ce moment, deux gars tiraient dans la tête des deux jeunes filles qui se tenaient accroupies contre le mur, le visage dans les mains. Alexis était allongé par terre et on lui tirait dessus également. Je criai
d'arrêter les tirs et d'achever les victimes à l'arme blanche. La femme de chambre de l'impératrice, encore vivante, avait glissé sur le sol. L'un des camarades essaya de lui planter sa baïonnette dans la poitrine. En vain, la lame était émoussée. La femme se mit à crier en saisissant la pointe à deux
mains. On l'acheva à coups de crosse. »
La famille impériale et ses compagnons de réclusion décimés, leurs cadavres taillés en pièces sont en partie détruits par l'acide sulfurique puis brûlés à l'essence avant d'être jetés dans un ancien puits de mine, tandis que d'autres sont enterrés un peu plus loin, à la hâte.
Les ans s'écouleront jusqu'à ce 11 juillet 1991 où un habitant de la région, Alexandre Avdonin, découvre dans la forêt neuf squelettes enterrés dans une fosse commune.
Trois ans plus tard, le laboratoire d'Aldermaston en Grande-Bretagne rend ses premières conclusions.
L'ADN découvert dans les ossements qui lui ont été confiés est identique à celui isolé dans le sang des descendants des sœurs de Nicolas II et d'Alexandra. Un laboratoire américain confirme leurs affirmations.
Le 27 janvier 1998, la commission spéciale nommée par le président Boris Eltsine, certifie que les ossements retrouvés dans la forêt d'Ekaterinbourg sont bien ceux de Nicolas II, de son épouse, de trois de leurs filles et de leurs domestiques.
À l'intérieur de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Saint-Pétersbourg, le 17 juillet 1998, les cercueils du tsar Nicolas II, de la tsarine Alexandra Fedorovna, de leurs filles Olga, Tatiana et Anastasia, de la femme de chambre Demidova, du docteur Botkine, de Troupp et du cuisinier Kharitonof sont réunis pour être enterrés ensemble. Les corps du tsarévitch et de la grande-duchesse Marie n'ont pas été retrouvés.
Désormais, le dernier tsar de toutes les Russies et les siens reposent pour l'éternité dans le panthéon des Romanov aux côtés de leur père et grand-père Alexandre III, de Pierre
Ier dit « le Grand », Catherine Ire, Pierre II, Anna Ivanovna, Ivan VI qui fut détrôné puis étranglé, Elisabeth
Ire, Pierre III qui fut étranglé, Catherine II dite « la Grande », Paul Ier assassiné par des officiers, Alexandre
Ier, Nicolas Ier, et Alexandre II assassiné lui aussi...
En octobre 1998, les autorités russes annoncèrent que les corps du tsarévitch Alexis et de la grande-duchesse Marie avaient été retrouvés dans la forêt d'Ekaterinbourg à quelques dizaines de mètres de la fosse d'où avaient été exhumés les corps de leurs parents en 1991.
Le Concile de l'Église orthodoxe russe a canonisé le 20 août 2000 les martyrs de la maison Ipatiev en la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. C'est leur mort en martyrs, des icônes représentant Nicolas II « qui pleure des gouttes de liquide parfumé » ainsi que de nombreux témoignages de miracles posthumes qui ont convaincu les ecclésiastiques. Tous sont, d'ailleurs, canonisés en tant que «Strastoterptsy ».
(
Strastoterptsy se traduit par « Ceux qui ont enduré les souffrances de la Passion. ») L'église orthodoxe russe hors frontières avait, depuis 1982, pris la décision de faire de Nicolas II, d'Alexandra Fedorovna, des grandes-duchesses Olga, Tatiana, Marie, Anastasia et du tsarévitch Alexis, des saints.
Le patriarche Alexis II précisa lors de la cérémonie : « Le dernier monarque orthodoxe russe et les membres de sa famille apparaissent comme des gens qui ont cherché sincèrement à incarner dans leur propre vie les professions de l'Évangile. Dans les souffrances qu'a endurées, avec patience et résignation, la famille du tsar lors de sa détention et leurs morts en martyrs à Ekaterinbourg, apparaît la lumière toute puissante de la foi du Christ. »
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