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Les Livres
L'Universalité de Pouchkine
Publié
sous la direction de Michel Aucouturier et Jean Bonamour
Nouveauté - Pour célébrer en France le deuxième centenaire de la
naissance du poète, l'Institut d'études slaves présente le recueil de 48
communications du colloque international tenu à Paris à l'automne 1999.
Un superbe volume de 486 ! pages, tirage de luxe sur papier ivoire
avec en frontispice une gravure sur bois de Paul Kichilov, reproduite en
couleur.
Allocution de S. E. Monsieur Evgeny SIDOROV, Ambassadeur et Délégué
permanent de la Fédération de Russie auprès de l'UNESCO
La culture de chaque nation, de chaque peuple connaît des noms de peintres,
d'artistes, de poètes, qui font battre plus vite et plus joyeusement les cœurs
de leurs compatriotes. Est-ce qu'on peut même imaginer la France sans Voltaire
et Hugo, l'Allemagne sans Goethe, l'Italie sans Dante, l'Espagne sans Cervantès,
la poésie de l'Orient sans Phyzouli, Omar Khayam, Saïat-Nova. Toute la sagesse
du peuple, tout ce qu'il y a en lui de meilleur est passé dans leur Verbe,
s'est incarné en eux et on a parfois l'impression que ce n'étaient point eux,
simples mortels, mais une force supérieure qui parlait par leur bouche. Alors
d'une façon toute naturelle, lecteurs et auditeurs ont l'impression de respirer
avec aisance, en compagnie de poèmes magiques, familiers dès l'enfance.
Pouchkine n'est pas seulement le génie national de la Russie, il est
incroyablement proche de la conscience russe : chacun le ressent comme sien,
qu'il soit aristocrate ou paysan. Même celui qui peut-être n'a jamais lu ses
poèmes ou sa prose le perçoit à la fois comme un symbole et un proche qu'il
pourrait rencontrer au coin de la me, car les anecdotes où notre poète gagne
son combat contre la lâcheté, l'arrivisme, la bêtise sont innombrables et,
lui, qui « demandait grâce pour ceux qui sont tombés » sera toujours aimé
en récompense.
Les autorités ont toujours essayé de transformer Pouchkine en une idole,
une icône; elles ont adapté chaque fois son œuvre aux exigences de l'actualité
politique. Ce fut le cas à l'époque soviétique. On prétendait qu'il était
un décembriste, ou un carbonaro, un narodnik ou un aristocrate-propriétaire.
Mais le poète échappait à tous les schémas et chaque fois il se présentait
devant nous renouvelé et libre. La liberté est le concept principal de l'œuvre
de Pouchkine. Et il le comprenait bien lui-même, lui qui avait écrit:
Dans mon siècle cruel
J'ai glorifié la Liberté.
Pouchkine le premier a fermement lié la Russie littéraire à l'Europe. On
peut dire avec certitude qu'il a été le premier poète russe européen, bien
qu'il n'ait jamais traversé la frontière de l'Empire russe. Nous ne pouvons
qu'admirer la longue suite de ses personnages, parmi lesquels on trouve des
Italiens, des Hollandais, des Allemands, des Perses, des Finlandais et d'autres
nationalités encore. Mais il était tout particulièrement attaché à la
France. Au Lycée de Tsarskoïe Sélo, il était le meilleur en français, et
ses camarades l'avaient même surnommé « le Français ». Le poète aimait la
littérature française et publiait des articles brillants sur les auteurs français.
Il est tout naturel qu'en tant qu'homme de lettres russe j'ai été flatté
d'entendre du président de la République française lui-même, lors d'un
interview qu'il m'avait accordé pour les Izvestia, que dans sa jeunesse il
avait lu les œuvres de Pouchkine en version originale et travaillé sur une
traduction d'Eugène Onéguine.
Les difficultés liées à la traduction de la poésie de Pouchkine sont
devenues un truisme. Pourtant grâce à la maîtrise verbale d'Aragon, de
Jean-Luc Moreau, André Markowicz et Patrick Besson, Georges Nivat et Guillevic,
les Français en ont une image décente.
Je me permets de citer un témoignage littéraire supplémentaire. Marcel
Arlan, écrivain et critique, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue française,
a prononcé il y a cinquante ans de remarquables paroles sur la prose de notre
grand poète : « On ne sent jamais aucune rancune ou cruauté chez Pouchkine...
il montre les faiblesses de ses personnages, les présente puérils et ardents,
les transforme en jouets entre les mains du sort, du hasard et des passions,
mais on n'y trouve ni satire, ni pitié... De temps en temps, on entend du rire
dans la voix de l'auteur, un rire parfois sarcastique, parfois, si vous voulez,
impitoyable, un rire de jeune homme, peut-être irrité, mais sain de nature,
c'est-à-dire pareil à la vie même ».
Pareil à la vie même, on ne peut pas dire mieux.
Vive Pouchkine et la France dont les noms sont inséparables dans l'histoire
de la culture mondiale!
Éditions d'Institut d'études slaves - 240 FF
Editeur : Institut d'Études Slaves
Collection : Bibl. russe, numéro 104.
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