Pour terminer la famille des cordes voici la guitare russifiée par Andréï
Sikhra (1773-1850), la guitara, instrument très aimé en Russie, de tout temps.
La guitare que des bas-reliefs hittites représentaient déjà il y a plus de
3000 ans, était connue sous le nom de kettarah par les Assyriens et kithara
par les Grecs; elle fut la guiterne médiévale, la guitarra morisca
puis latina, la quinterne allemande du XIIIe siècle, la vihuela
espagnole de la Renaissance, le bissex de van Hecke (1770), l'arpeggione
(1823) et prit différents types: flamenca, jazz, hawaïenne, classique,
électrique. La cinquième corde est due à Vicente Espinel et la sixième à
Jacob August Otto en 1790, mais la septième, ajoutée par Sikhra en 1799,
accordée en accord parfait (Ré, Sol, Si, Ré, Sol, Si, Ré) était propice à
l'accompagnement des chansons russes et romances tsiganes, mais aussi à la
transcription de pages entières du "Freischütz" ou de la
"Norma".
Harpiste
et guitariste excellent, Sikhra fit adapter un manche à vis qui règle la
hauteur et la tension des cordes métalliques, fit construire l'instrument avec
deux manches, ajoutant ainsi quatre basses, ou en trois tailles différentes. Il
eut de nombreux élèves. Fernande Sor, venu à Moscou en 1823, subjugué par le
jeu de Mikhaïl Vyssotski, voulut cesser de jouer et était prêt à casser sa
guitare contre le plancher! Quant à Mark Sokolovski, il fit briller, lui, les
nuits moscovites du Yar.
Comment ne pas évoquer Valodia Poliakoff, Aliocha Dimitriévitch, Jeanna
Bitchévskaïa, Boulât Okoudjava, Alexandre Dolski, Piotr Léchtchenko, Yul
Brinner, Vladimir Vyssotski? tous ces chanteurs qui s'accompagnaient à la
"six ou sept cordes" avec des styles si divers et tant de talent! Que
de guitaristes virtuoses, classiques ou tsiganes jouant sur six, sept ou onze
cordes en Russie ou dans l'émigration! En France, Ariovsky, Enkis, Tararine,
Bagrentzoff, Tchernoyaroff, Trostiansky, Krotkoff, Camps, de
Loutchek, Chestopaloff et Vania Nicolaïeff ont perpétué le jeu et sa
haute tradition, maintenant le style russe.
La guitara a encore son mot à dire en Russie et ailleurs avant d'être
submergée par la guitare électrique. Boccherini, Shubert, Weber, Paganini,
Berlioz, tous admirables guitaristes, se seraient-ils penchés sur le berceau de
la guitare, tels des Muses, en vain?
De nos jours, ils battraient le tambour et pourquoi pas le bouben.
Ce fut Glazounov qui conseilla à Andréïev d'introduire le boubèn dans son
orchestre qui admit aussi les lojki, nakry,
cymbales, ainsi que le kokochnik et le triangle,
instruments à percussion.