Rojok de berger, de guerrier ou de chasseur ou encore trompe des Slaves. Il
est fait en bouleau, érable ou genévrier. Les bergers, surtout ceux de la
province de Vladimir, le construisaient ainsi: on découpe en deux sur sa
longueur la partie tubulaire de la branche, on l'évide (perce) en formant une
rainure qui s'évase à son extrémité. Puis on enroule de l'écorce de bouleau
afin de joindre les deux parties et colmater les fentes, tout en y ménageant
quatre à cinq trous sur l'endroit et un sur l'envers. On y place une embouchure
(entonnoir caliciforme); celle-ci étant petite, on l'applique non au centre
mais aux commissures des lèvres, à droite ou à gauche. Les facteurs
d'instruments contemporains fixent au bout du tuyau un pavillon métallique qui
sert de résonateur.
Le son est criard et puissant mais, lorsque le rojétchnik joue piano,
il devient doux et rappelle le timbre de la voix humaine. Pour obtenir une
articulation nette le musicien doit répéter les paroles mentalement.
Instrument diatonique limité à un ambitus d'une octave et demie, il se
construit en soprano (vizgounok, L = 320 à 360 mm), alto (poloubassok,
400 à 500 mm), et basse (bassok, 600 à 800 mm). On en joue en solo, en
"chœur" ou ensemble de Rojki, en famille incluse dans l'orchestre
russe. Les chœurs dirigés par N. Korzinov et A. Soulimov étaient fort
appréciés, mais plus encore ceux de N. Kondratiev (1846-1921) dont on a des
enregistrements et qui firent des tournées triomphales en Russie et même en
France, à l'occasion des Expositions universelles de Paris en 1878, puis en
1884.