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Splendeurs des collections de Catherine II de Russie
Du 11 avrils au 28 mai 2000 |
Les collections
Collection de Laurent de Médicis
Florence, avant 1492
Une partie de la riche collection de glyptique de Laurent de Médicis
(1448-1492) fut, selon sa volonté, agrémentée d'une abréviation
chiffrée de son nom: LAV. R MED. Cet original ex gemmis a rendu
possible l'identification de quarante-trois gemmes de cette célèbre
collection de la Renaissance, aujourd'hui dispersée dans les collections
de nombreux musées. Deux intailles antiques de la collection de Laurent
de Médicis proviennent de la collection de l'humaniste vénitien, Pietro
Barbo comme le précise un inventaire effectué en 1457. Lors de la
dispersion de la collection de Laurent de Médicis, celles-ci devinrent la
propriété de l'antiquaire romain Fulvio Orsini (1529-1600) selon
l'inventaire dressé en 1600. C'est vraisemblablement au cours de son
voyage en Italie effectué en 1714-1715, que Pierre Crozat les acheta. Ces
deux intailles devaient alors être conservées au Palais Famèse, Fulvio
Orsini les ayant léguées à son élève, Odoardo Famèse. En 1741, lors
de la vente de la collection Pierre Crozat, les deux intailles entrèrent
dans la collection du Duc d'Orléans.
Collection de Fulvio Orsini
Rome, avant 1600
Orsini (1529-1600), érudit et antiquaire romain, auteur de
nombreux ouvrages qui lui valurent l'épithète de père de l'iconographie
antique rassembla une riche collection de gemmes dont un grand nombre
figure dans son ouvrage Portraits d'hommes et de femmes célèbres
(1570). L'une d'elle, Héraclès au repos, fut utilisée par
Annibal Carraci lors de la réalisation de la grandiose fresque qui
décore le Palais Famèse à Rome. Fulvio Orsini, qu service de cette
famille princière en qualité de bibliothécaire, légua de son vivant
ses gemmes à Odoardo Famèse. A la fin du XVIIIe siècle, une partie des
gemmes de la collection Fulvio Orsini était conservée à Naples tandis
que certaines, étaient acquises par Pierre Crozat lors de son voyage en
Italie en 1714-1715. C'est à ce moment que Pierre Crozat effectua l'achat
de gemmes appartenant à la collection Laurent de Médicis. Les gravures
qui illustrent l'ouvrage de Fulvio Orsini ainsi que l'inventaire
détaillé de ses gemmes, réalisé en 1600, peu de temps avant de sa
mort, ont permis d'identifier, parmi les gemmes de la collection du Duc
d'Orléans, dix intailles antiques et d'époque Renaissance. Huit
d'entre-elles sont présentées ici.
Collection de Pierre-Paul Rubens
Anvers, avant 1640
Rien dans l'existence ne me ravit autant que les gemmes
Ces paroles prononcées par Rubens (1577-1640) témoignent de son
attitude envers l'art de la glyptique. Le célèbre peintre possédait une
collection unique de gemmes et désirait en publier un bel ouvrage. De ce
inédit sont conservés les dessins, les gravures, les textes, ainsi que
la page de garde. En 1626, une partie de la collection fut vendue par le
peintre au Duc de Buckingham, le favori du roi d'Angleterre. Après cette
vente, la collection comptait encore deux cents gemmes, lesquelles furent
léguées à son fils, Albert. Des inventaires de cet ensemble furent
effectués en 1628, 1635 et 1658. Le dernier en date. Index Gemmarum,
fut réalisé après la mort de Pierre-Paul Rubens. Ces inventaires, de
même que les lettres, gravures et dessins, ont rendu possible le
récolement de la collection de Pierre- Paul Rubens. Deux intailles
réalisées à la Renaissance provenant cette collection ont rejoint la
collection de Pierre Crozat, puis, en 1741, la collection de gemmes du Duc
d'Orléans.
Collection du Château d'Heidelberg
Avant 1685
Au
XVIe siècle, les Electeurs palatins établirent leur résidence à
Heidelberg, centre important de la culture renaissante. Ils y
rassemblèrent des manuscrits, livres précieux et œuvres d'art. C'est
vraisemblablement sous l'Électeur palatin Otto-Heinrich (1502-1559) que
se situent les prémices des collections d'objets d'art ainsi que de
gemmes. En 1685, année de [a mort de Charles II, dernier propriétaire de
la collection, son conservateur, Lorenz Beger, publia une sélection des
plus remarquables pierres dans son très bel ouvrage des Richesses du
Trésor Palatin. Ce dernier ouvrage, qui représente une des principales
sources de documentation, a autorisé l'attribution de soixante-neuf
camées et intailles conservés au Musée de l'Ermitage de
Saint-Pétersburg à l'ancienne collection du château d'Heidelberg.
Trente-et-un d'entre eux sont présentés dans cette exposition; Onze
gemmes, dont deux œuvres plastiques, ont été réalisées dans
l'Antiquité et dis à la Renaissance. Les autres, à une exception près,
appartiennent aux très rares exemples connus de la glyptique du Moyen
Âge ; elles contiennent des caractères stylistiques qui seront
abondamment utilisés à la période baroque.
Après la destruction du château d'Heidelberg, sa dactyliothèque fut
transférée en France, chez Elisabeth-Charlotte de Bavière, plus connue
sous le titre de Princesse Palatine, héritière de Charles II. A sa mort,
en 1722, la collection de gemmes fut léguée à ses enfants et
petit-fils, les ducs d'Orléans.
Collection d'Elisabeth-Cliarlette
Princesse Palatine dite Madame
Saint-Cloud et Paris de 1685 à 1722
En
1671, la Princesse Palatine, Charlotte-Elisabeth épouse Philippe Duc
d'Orléans (1640- 1703), frère de Louis XIV. Elle quitte alors Heidelberg
pour ne jamais y revenir. En 1685, à la mort de son frère, l'Electeur
Charles II, le fief familial s'éteint après les assauts de l'armée
française. En héritage, la Princesse Palatine reçut exclusivement la
collection de gemmes. Charlotte-Elisabeth devint bientôt un authentique
antiquaire comme le révèlent ses lettres qui témoignent de sa passion
et de son engouement pour sa collection de pierres dures. Elle augmenta
ainsi la collection patrimoniale initiale jusqu'à plus de six-cents
camées et intailles. Après sa mort, on pensa vendre aux enchères la
collection et c'est dans ce dessein que fut publiée en 1727, la Description
sommaire des pierres gravées et des médailles antiques de feue Madame.
Cet ouvrage constitue la source principale de documentation sur sa
collection et a permis d'en effectuer de nos jours le récolement. Cette
collection, dont la richesse pouvait rivaliser avec celle du Roi-Soleil,
ne fut pas dispersée lors d'une vente, mais acquise, dans son
intégralité, par les membres de la Maison d'Orléans, descendants de la
Princesse Palatine. De cet ensemble sont présentés quarante-trois
intailles et camées. Treize gemmes illustrent les divers stades de
développement de la glyptique parmi lesquelles deux appartiennent
respectivement à l'univers de l'Egypte antique et du Moyen Âge.
Vingt-et-une illustrent les périodes de la Renaissance et du baroque;
elles témoignent des styles de diverses écoles du nord de l'Europe
autant que de différents ateliers italiens. Six gemmes sont des œuvres réalisées
par des graveurs contemporains du temps de la Palatine.
Collection de Michel-Ange de La Chausse
Paris et Rome, avant 1724
Miche-Ange de La Chausse (Causeus, 1660-1724), diplomate français,
passa la majeure partie de sa vie à Rome en qualité de consul. 11 était
réputé pur être un grand érudit collectionneur et l'auteur d'ouvrages
populaires sur l'archéologie. Il illustra sa collection de gemmes par la
publication d'un livre intitulé te Musée Romain, réédité à trois
reprises (1690, 1707 et 1746), et par son principal ouvrage Gemmes
Antiques (1700). Afin d'éviter que sa collection ne soit dispersée à sa
mort. La Chausse la légua à Pierre Crozat. Quatorze d'entre-elles dont
dix antiques passèrent ensuite de la collection Pierre Crozat à celle du
Duc d'Orléans. Celles-ci ont pu être aisément identifiées grâce aux
gravures publiées par La Chausse à la fin du XVIIe siècle. Sept de ces
gemmes sont présentées dans l'exposition.
Collection de Pierre Crozat
Paris, avant 1740
Descendant d'une célèbre famille de banquiers, Pierre Crozat
(1665-1740) est réputé pour avoir été un des plus illustres
collectionneurs européens du XVIII siècle. Sa galerie de peinture,
acquise par Catherine II de Russie en 1772, était fort réputée, de
même que sa collection de dessins, aujourd'hui disséminée à travers le
monde. Pierre Crozat affichait cependant une préférence certaine pour
les gemmes. C'est au cours de son voyage en Italie, effectué en
1714-1715, que Pierre Crozat fit ses premières acquisitions. En effet, sa
collection comptait des gemmes provenant des anciens Cabinets de Laurent
de Médicis et Fulvio Orsini. Son ami, le diplomate Miche-Ange de La
Chausse, lui légua sa collection afin qu'elle ne fut pas dispersée.
Pierre Crozat quant à lui précisa dans son testament que sa collection
devait être vendue aux enchères et son bénéfice distribué aux
nécessiteux. Le catalogue de la vente, Description sommaire des
pierres gravées du Cabinet de feu M. Crozat, contenant plus de mille
quatre-cents gemmes, fut rédigé par Pierre-Jean Mariette, en 1741, un an
après la mort de Pierre Crozat. Cet ouvrage représente la source
principale de documentation pour identifier les gemmes ayant appartenu à
sa collection. Comme le Cabinet de Madame en son temps, la collection de
camées et intailles de Pierre Crozat eut l'heureux destin de ne pas être
dispersée. Elle fut en effet acquise, dans sa totalité, par Louis
d'Orléans, petit-fils de la Princesse Palatine et fils du Régent, ce qui
permit de réunir en une seule main les deux prestigieuses collections.
Parmi les gemmes de la collection Pierre Crozat, se trouvaient
d'authentiques chefs-d'œuvre de la glyptique et la spécificité de cette
collection résidait dans le choix de gemmes abordant des thèmes
religieux, tirés des Écritures ou encore empruntés à l'art du
portrait. En effet la plupart des collectionneurs de gemmes optaient pour
des pierres travaillées selon un style et une thématique antique,
thèmes traditionnellement repris par les graveurs de la Renaissance et de
la période baroque. Cet intérêt se reflète dans cette exposition. Des
quatre-vingt-onze gemmes sélectionnées de la collection Pierre Crozat,
vingt-six ont été gravées dans l'antiquité; trois sont de style
byzantin; quarante-neuf sont de la Renaissance et douze sont de la
période baroque. La période "transitoire" qui correspond à la
glyptique de la première moitié du XVIIIe siècle, est illustrée par
des œuvres de maîtres de différents écoles: Italie, France, Allemagne,
Pays-Bas. La "nouvelle" glyptique se caractérise par une
production spécifique, celle des portraits gravés.
Collection des Ducs d'Orléans
Paris, Palais-Royal, avant 1787
Les membres de la Maison d'Orléans furent, pour la plupart, de grands
collectionneurs. Gaston d'Orléans (1608-1660), le frère de Louis XIII,
acquit une grande partie des gemmes rassemblées par le peintre Pierre-
Paul Rubens. Sa collection fut léguée à Louis XIV en 1661. Elle se
trouve de nos jours à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. Le
Régent, Philippe II d'Orléans, entra, après la mort de sa mère
Charlotte- Elisabeth, Princesse Palatine, en possession de sa célèbre
dactyliothèque. Son fils, le duc Louis d'Orléans (1703-1752) ne
souhaitant pas qu'elle soit dispersée, l'acheta et, en 1741, la rattacha
à celle de Pierre Crozat pour la céder, avec sa collection de monnaies
d'or, aux religieux de l'abbaye Saint-Geneviève, près de laquelle il
s'était retiré.
A la mort de son père, le duc d'Orléans Louis-Philippe (1725-1785),
racheta les gemmes de l'abbaye de Sainte-Geneviève où elles étaient
conservées et les plaça au Palais-Royal. La collection diminua quelque
peu mais, en revanche, édita un bel ouvrage en deux volumes illustré de
gravures intitulé Description des principales pierres gravées du
Cabinet du duc d'Orléans, premier Prince du Sang (1780-1784). Son
fis, Louis Philippe II, dit Égalité (1747-1793) en fut le détenteur
durant deux ans seulement. En 1787, après avoir publié un catalogue de
vente (1786), il la céda par l'entremise de Melchior Grimm à
l'impératrice de Russie, Catherine II.
Cette dernière section de l'exposition montre que les derniers
possesseurs des gemmes n'étaient pas d'aussi fins connaisseurs que Madame
ou encore Pierre Crozat. Sur les quarante gemmes présentées, on compte
seulement deux gemmes antiques, dont un exemplaire datant de l'époque de
la Perse sassanide et autant de gemmes du XVIIIe siècle. L'essentiel est
constitué par des pierres gravées des XVIe et XVIIIe siècles d'où se
détachent quelques chefs-d'œuvre de l'art du portrait et un grand nombre
de grylles et de talismans si prisés à l'époque baroque dans l'Europe
du nord. Quelques pièces illustrent la glyptique byzantine et celle du
Moyen Âge européen.
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