Une vie culturelle dynamique, selon le ministre de la culture
Paris,
l3 décembre 2000
Malgré les difficultés sociales que connaît la Russie, l'activité
culturelle y est resté étonnamment dynamique, quoique le plus souvent
totalement désargentée, a expliqué le ministre russe de la culture, M. Mikhail
Chvydkoï de passage à Paris.
"Il y a aujourd'hui quatre fois plus de théâtres qu'à l'époque
soviétique à Moscou, cinq fois plus à Saint-Pétersbourg et c'est la même
tendance dans les grandes villes de Russie", a dit le ministre lors d'une
rencontre mercredi avec les journalistes de l'Association des journalistes
France-Russie.
"Il y a 52 opéras dans toute la Russie dont 6 rien qu'à Moscou, ce qui
pose un problème budgétaire colossal", a relevé le ministre qui a
révélé que "nous avons bien pensé à en fermer car 6 opéras pour une
capitale c'est beaucoup. Mais comment choisir car ils sont tous bons!".
Moscou compte aussi 31 orchestres symphoniques (contre 7 du temps de l'URSS).
Mais les artistes et musiciens sont insuffisamment payés et partent volontiers
à l'étranger, s'est désolé le ministre qui a souligné "qu'un
violoniste sur cinq aux États-Unis sortait d'un conservatoire russe".
En 1999, 400 nouveaux musées publics (nationaux, régionaux, municipaux) se
sont ouverts en Russie ainsi que 1.000 nouvelles galeries de peintures, a
indiqué le ministre. Il a ajouté qu'il y avait 2.000 radios privée et 20.000
éditeurs en Russie (contre 700 en URSS) "mais de qualité et de taille
bien évidemment inégales". Les 10.000 écrivains que comptait l'Union des
écrivains du temps de l'URSS, se sont divisés en 7 organisations qui tentent
aujourd'hui de se regrouper pour garantir un minimum de protection sociale à
leurs membres, choyés du temps de l'URSS s'ils n'étaient pas dissidents.
"Le problème, a relevé le ministre, c'est que nous n'avons pas de
statut de l'artiste "free-lance". Les écrivains ont évidemment plus
de mal qu'avant à trouver leur public car "du temps soviétique, il était
plus intéressant de lire que de vivre alors qu'aujourd'hui les tentations de la
vie nous ont rattrapés et il est devenu aussi intéressant de vivre que de
lire".
En
matière de cinéma, le niveau de l'URSS (150 films tournés par an) n'est pas
rattrapé mais 61 films russes nouveaux ont vu le jour en 1999, a dit M.
Chvydkoï. Il a souligné que le problème était la distribution quasi
impossible en salle des films russes. 93% des films projetés en Russie sont
américains. Le ministre, qui a participé à Paris à une table ronde à
l'UNESCO traitant notamment de l'exception culturelle, a annoncé que son
ministère tentait actuellement de créer une compagnie de distribution de films
russes "Rossiskoje kino" en partenariat avec 130 salles qui
accepteraient de projeter au moins 30% de films nationaux.
Il devait aussi rencontrer à Paris les responsables d'Unifrance pour
envisager un accord pour la distribution de films français en Russie, qui a
longtemps été le premier pays du monde consommateur de cinéma français.
En matière de peinture, le ministre a estimé que le marché était devenu
"plus large qu'auparavant pour les peintres avec notamment les commandes de
l'église et de quelque 4 millions de "nouveaux-riches" consommateurs
d'art". Il s'est prononcé contre une politique de "commandes d'état,
souvent exigée par les artistes mais lourde de risques de pression
idéologique, surtout si elle porte sur des thèmes", selon le ministre.
Ce dernier s'est prononcé pour une libéralisation dans le domaine
artistique et une privatisation des studios de cinéma, dont le géant Mosfilm,
malgré l'opposition des gens de cinéma, attachés notamment à l'exploitation
des catalogues qui "rapportent plus aujourd'hui que la production".
Il a souligné que la tâche du jour était d'instaurer une politique fiscale
accordant des avantages aux sponsors privés qui soutiendraient la création
artistique mais a souligné que le risque résidait dans une utilisation abusive
de ces avantages pour blanchir de l'argent sale à l'instar de ce qui se faisait
déjà dans le cinéma, seul domaine où de tels avantages existent depuis des
années.
Pour Russie.net, Dimitri de Kochko
Journaliste et réalisateur.
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