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LES 70 ANS DE MIKHAÏL GORBATCHEV

Mikhaïl Gorbatchev fête ses 70 ans, la presse russe publie de nombreuses rétrospectives de l'époque. Sergueï Ivanov du journal Itogui livre son opinion sur cette période historique, nous vous en proposons la traduction ci-dessous.

"Oh! comme tout était simple et bien, lorsqu'en 1988 nous accueillions à l'aéroport de Cheremietievo des amis et proches qui, dix ans auparavant, avaient quitté la Russie pour toujours. Nous nous réunissions alors autour d'une table de fête et levions obligatoirement notre premier toast en l'honneur de Mikhaïl Gorbatchev! (...) C'était la moindre des choses. Aux yeux du monde entier un miracle auquel personne n'aurait pu même rêver s'accomplissait: à la tête de l'Empire du mal était arrivé un ange de lumière. Seuls les crocodiles n'avaient pas de sympathie pour Mikhaïl Gorbatchev(...). En Russie aujourd'hui, plus personne n'aime Gorbatchev: oui, c'est avec lui que tout a commencé à se détériorer, oui c'est lui qui s'est couché devant l'Occident, peut-on entendre. (...) A de telles opinions, on a envie de crier: comment avez-vous pu oublier les queues, les réunions à mourir d'ennui, les humiliantes "élections" avec un unique candidat, les anecdotes sur Brejnev, la terrible honte pour Tchernenko, les vacances en Bulgarie comme l'apogée du rêve? Mais nous ne pouvons pas poser ces questions car depuis beaucoup d'eau a passé sous les ponts: Nous avions honte pour Boris Eltsine autant que pour Tchernenko. Aujourd'hui les gouverneurs ne sont pas si différents des premiers secrétaires des comités régionaux, à la différence qu'il est plus difficile de les destituer; aujourd'hui il n'est plus question de la Bulgarie, même pour passer des vacances dans les environs de Moscou, certains n'ont pas assez d'argent; aujourd'hui, aux élections il faut choisir entre des voleurs et des bandits. Il reste un endroit où Gorbatchev est toujours aimé et peut être même plus qu'avant, c'est en Occident. Si vous parlez de lui avec des étrangers, immédiatement une vague d'enthousiasme et de regrets s'abat sur vous.

Ah, quel libéral, quel défenseur des droits de l'homme, quel adepte de la non-violence! Comme il lui était difficile d'être à la tête de votre triste pays! Comme votre pays n'était pas à la hauteur d'un tel leader, comme vous ne l'avait pas apprécié et comme vous l'avez rejeté! Comme vous l'avez remplacé par un ours, un ivrogne, un non démocrate!

A de telles affirmations, on a envie de frapper des pieds et de crier: et le Karabakh? Et Bakou? Et Och? Et Vilnius? Et la peur panique de Gorbatchev de se présenter à des élections directes? Et les jeux lâches avec les futurs putschistes? Et l'impossibilité d'aller vers des réformes économiques? Mais ces questions ne peuvent également être posées: pour votre interlocuteur son Gorbi adoré est important car il représente une construction qui lui est habituelle du monde. Comme cela aurait été agréable, tout le monde aurait retrouvé sa place, l'URSS aurait toujours existé mais elle n'aurait plus été effrayante puisque son secrétaire général aurait été un "gentil". (...) La nostalgie occidentale de l'époque Gorbatchev est une nostalgie de la simplicité d'un monde bipolaire. (...)

Lors de l'arrivée de Gorbatchev, le citoyen soviétique désirait plus la fin du "marasme" que la liberté. Étant donné que le pouvoir soviétique lui avait retiré tout sentiment de devoir civil, les droits tout juste retrouvés ont été parfois utilisés de façon destructive ou le plus souvent n'ont pas assez été utilisés. En ce qui concerne l'Occident, il a très vite digéré les avantages obtenus par Gorbatchev mais n'était absolument pas prêt à une modification globale de son interprétation politique. Il s'est dépêché de faire avancer les frontières de l'OTAN pour se protéger, au cas où, de cette Russie "incorrigible". (...) Quant à Gorbatchev lui-même, il ne comprenait pas ce qu'il avait déclenché; il n'avait absolument pas conscience des réalités qui résultaient de sa propre politique. (...) Peu importe ! Il a été la plus belle fleur qui pouvait fleurir sur le compost pourrissant de la nomenclature. A son nom sont liées les cinq plus belles années de notre vie. Je me rappelle que lorsqu'en 1989, je suis entré dans l'isoloir pour les premières élections libres, mes yeux étaient remplis de larmes. Cela ne s'oublie pas. Bon anniversaire Mikhaïl Sergeevitch!".

Itogui 27-02-01


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