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Interview avec M. Jacques Sapir
Jacques Sapir - Dans les opérations bilatérales il peut y avoir quelque chose d'intéressant. Je crois que le problème essentiel consiste d'une part, à ne pas vouloir faire faire à la place des Russes ce qu'ils peuvent faire, d'autre part, d'avoir une réelle démarche commune avec les Russes, c'est à dire ne pas leur demander de transposer directement chez eux ce que nous faisons chez nous et dernier point, avoir une bonne compréhension des difficultés qu'il peut y avoir dans toute une série de coopérations bilatérales et qui sont, je dirais, des difficultés normales. Globalement les accords bilatéraux fonctionnent mieux que les choses qui sont en multilatéral. Le bilatéral permet de mobiliser rapidement des sommes d'argent qui sont des petites sommes comparées à d'autres programmes, mais des petites sommes qui sont essentielles pour travailler. Ce qui est important pour nous c'est que l'argent soit très rapidement disponible pour mener à bien les projets des opérations de coopération, que les partenaires soient identifiés, qu'il y ait un contenu réel et pas bureaucratique. Je préfère un objectif concret entre chercheurs et là le bilatéral peut être très souple et est mieux adapté. Voilà ce qu'il faudrait développer à mon avis, il faut créer une espèce d'habitude de travail en commun entre des centres français et des centres russes, et favoriser le déplacement aussi bien des Français en Russie que des Russes en France et les rencontres dans les colloques, séminaires ou pour des réunions de travail, puis entre temps on continue à communiquer à l'aide du courrier électronique. Actuellement nous avons deux séminaires par an, un à Paris et un à Moscou. Russie.net - Quel est le bilan de la situation russe aujourd'hui? Jacques Sapir - Ce qui s'est passé depuis septembre 1998, économiquement, a été très positif. Alors, en même temps, il faut qualifier cet optimisme, en expliquant, que tous les problèmes ne sont pas résolus, que la Russie reste un pays appauvri, qu'il y a énormément de choses à régler, en particulier, contre les trafics rentières qui existent dans l'économie russe. Mais la crise financière russe d'août 1998 a démontré deux thèses que j'ai défendu auparavant:
Russie.net - Quels sont les changements dus à l'arrivé au pouvoir du Président Poutine? Jacques Sapir - C'était un événement qui a suscité beaucoup
d'interrogations. Dans son livre, par exemple, il y a des choses intéressantes,
c'est pas seulement un ouvrage de propagande comme certains le prétendent. Moi
personnellement j'ai été frappé par les images qu'on a de lui enfant, un
enfant triste, vous le savez, il a perdu son frère et son père. Et les photos
que j'ai remarqué ou le Président est véritablement heureux quand il joue
avec ses deux filles et quand il est en tenue de judoka. Donc, en France il y a
toujours des questions autour de la personnalité de Vladimir Poutine. A mon
avis, la grande question pour Vladimir Poutine et pour lui et pour nous, n'est
pas qui il a été, mais qui il sera. Et c'est à lui de choisir! Russie.net - Monsieur Sapir, vous avez écrit un nouveau livre qui est sorti le 4 octobre. Le public de Russie.net a hâte d'en savoir plus! Jacques Sapir - Dans ce livre je rappelle deux grands débats, le
débat sur le plan du marché et de la fluctuation cyclique de l'économie. Ces
grandes questions ont été largement discutées dans les années 20 et on se
rend compte que dans ces débats il y avaient des choses extrêmement
importantes qui ont été dites et qui ont été oubliées par la suite. Elles
n'ont pas été remplacées par les réflexions du degré supérieur, elles ont
été oubliées! Et en tant que discipline scientifique, l'économie a
régressé. Et c'est lié au fait que cette discipline n'est pas capable de
faire l'histoire de son propre développement. Alors que par exemple, les
mathématiciens connaissent l'histoire de leur propre discipline, les physiciens
pareil, les médecins etc. Russie.net - Le dernier mot pour les internautes de Russie.net. Êtes-vous un internaute vous-même? Jacques Sapir - Je suis souvent sur Internet, je passe environ une
heure par jour de la semaine ouvrable à regarder les agences de presse, les
sites russes ainsi j'utilise beaucoup le site de la Banque centrale de la Russie
pour mon travail. Mais surtout je suis un énorme utilisateur des courriers
électroniques. Pour moi, c'est un instrument qui me permet de communiquer avec
mes collègues russes, américains et britanniques. De ce point vue la le
courrier électronique est indispensable. Aujourd'hui je peux co-écrire un
article avec mes collègues russes via e-mail pendant une semaine, avant cela
pouvait prendre un an! Voir également le dernier ouvrage de M. Sapir : "Les trous noirs de la science économique"
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