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Le résultat du 30 octobre - Sommet Europe Russie
Un sommet Europe-Russie pragmatique privilégiant les relations économiques
Résumé de la journée du 30 octobre par Dimitri de Kochko.
Les Russes et les Européens ont décidé le 30 octobre dernier au sommet de
Paris de relancer une forte coopération économique, essentiellement
énergétique, en laissant en arrière plan les questions qui ont pu ternir
leurs relations comme la Tchétchénie.
Cette volonté de relance économique a été confortée par la décision des
pays participants à l'Arrangement sur les crédits à l'exportation (Export
Credit Arrangement) qui se réunit en marge de l'OCDE de faire passer la Russie
de la catégorie 7 à l'échelon 6.
Cette promotion, due à l'amélioration des performances de l'économie russe et
à la hausse des prix pétroliers, signifie que les primes d'assurance de
couverture à l'exportation vers la Russie peuvent devenir moins chères. La
note 7 est la plus basse possible et s'applique aux pays ne payant pas leurs
dettes. Elle a été appliquée à la Russie à la suite du défaut depaiement
de ses dettes en août 98.
"Nous aurions souhaité passer à la catégorie 5 directement mais on
nous a fait valoir qu'on ne pouvait sauter deux échelons d'un coup", a dit
M. Guerman Gref, ministre de l'économie et du commerce, au cours d'un point de
presse en marge du sommet UE-Russie.
Cette décision aura une conséquence importante pour faciliter les
investissements étrangers, selon les sources diplomatiques russes interrogées.
Pour les relations bilatérales franco-russes, cela peut signifier que la COFACE
pourrait à nouveau garantir les opérations avec la Russie.
Au centre de la volonté de relance, un renforcement du partenariat
énergétique, annoncé par le président français Jacques Chirac, M. Romano
Prodi, président de la Commission européenne, et M. Vladimir Poutine,
président de la Fédération de Russie.
La Russie "est prête à contribuer à une indépendance énergétique
à long terme de l'Europe", a déclaré le président Poutine au cours de
la conférence de presse commune.
Les trois présidents ont annoncé un renforcement de ce partenariat
énergétique non seulement dans les domaines traditionnels du gaz et du
pétrole mais aussi de l'électricité.
M. Chirac a insisté sur l'importance de ce partenariat énergétique pour
permettre à l'Union européenne "de diversifier ses sources
d'approvisionnement jusqu'en 2020" et pour la Russie de moderniser et
renforcer ses capacités de production énergétique.
Pour M. Poutine, cet accord avec la Russie allait permettre à l'UE de
"pratiquer une politique d'équilibre en matière de volumes
d'approvisionnement et de prix".
La mise en place d'un groupe de travail sur l'énergie pour étudier les moyens
concrets de développer la coopération a été décidée. Deux responsables ont
été désignés, pour l'UE, M. Francois Lamoureux, directeur général de la
Commission européenne, en charge des questions d'énergie et de transport, et
pour la Russie, M. Viktor Khristenko, vice Premier ministre russe, en charge des
relations avec l'Europe.
Ils doivent tenir une première réunion dans une quinzaine de jours à
Moscou "pour préparer une coopération de tous les domaines
énergétiques", notamment en matière de modalités des investissements
européens.
M. Gref a annoncé de ce point de vue des "avancées pour l'engagement de
la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) pour
les investissements en Russie, notamment par une réduction des délais. Selon
lui, la BERD "prendra probablement part aux investissements
énergétiques" nécessaire pour mener le programme avec l'Europe.
Interrogé sur les volumes prévisibles de cette fourniture d'énergie, M. Gref
a dit qu'il "avait une idée des chiffres prévus mais qu'il était trop
tôt pour en parler".
En matière d'électricité qui est un champ nouveau de coopération, il a
souligné que pour pallier le manque de courant électrique en Europe
occidentale la Russie allait se lancer sur le marché et qu'un accord de transit
avait déjà été signé avec la Pologne. Une centrale électrique est
étudiée actuellement dans le nord-ouest de la Russie pour produire de
l'électricité à exporter.
Pour le gaz, les présidents ont évoqué la question du tracé du gazoduc
qui passe actuellement par l'Ukraine, accusée par la compagnie russe Gazprom de
soustraire du gaz au passage, a dit M. Guerman Gref. M. Poutine a informé de
son accord récent avec le président ukrainien Leonid Koutchma, selon lequel
les Russes surveilleraient le tracé du gazoduc en Ukraine.
Le président Poutine a par ailleurs annoncé qu'il faudrait deux gazoduc
supplémentaires pour fournir les quantités prévisibles. Il a dit que deux
tracés étaient à l'étude : l'un par la Finlande, l'autre par la Pologne.
L'UE et la Russie ont convenu au cours du sommet que les questions sur le tracé
du gazoduc et du controle lors de son passage en Ukraine seront réglées en
coordination, a précisé M. Gref. M. Prodi doit se rendre à Kiev la semaine
prochaine pour en discuter.
Sur la question de l'élargissement de l'Union européenne à 12 pays candidats
à partir de l'an prochain, la partie russe a "exprimé son soutien à cet
élargissement" mais a tenu à exprimer "une seule
préoccupation" : celle de voir les pays nouvellement adhérents appliquer
dès leur adhésion les règles anti-dumping et les mesures protectionnistes
appliquées par l'Union européenne contre les marchandises russes.
"Nous avons déjà subi cela lors de l'adhésion de la Finlande et de la
Suède", a expliqué M. Gref.
L'adhésion à l'OMC devrait contribuer à résoudre ces problèmes de
protectionnisme. Les Russes espèrent cette adhésion pour dans environ un an et
demi en fonction du travail qu'ils ont prévu d'accomplir pour se mettre en
conformité. L'UE a promis son appui pour cette candidature.
Le sommet a comporté un volet hautes technologies, notamment dans le domaine du
cosmos et de la navigation globale avec le système Galileo.
Les programmes TACIS de l'Union européenne doivent être élargis et mieux
coordonnés avec les autorités russes. La reprise et l'élargissement de ces
programmes qui avaient été partiellement suspendus en représaille de la
politique de l'état fédéral en Tchétchénie signifie bien que la question
tchétchéne est passée au second plan, a remarqué M. Gref en réponse à une
question.
A ce propos, les chefs d'état des deux parties et leurs conseillers et
ministres par la suite ont rapidement annoncé leur accord sur la nécessité de
régler la question d'une manière politique "dans le cadre de
l'intégrité territoriale de la Fédération de Russie".
Dimitri de Kochko
Pour Russie.net, Dimitri de Kochko
Journaliste et réalisateur.
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