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Tragédie franco-russe : l'affaire Macha Zakharova

Ou une épine diplomatique dans les relations franco-russes


RUSSIAN

Le Président russe Vladimir Poutine aura un agenda chargé durant sa visite à Paris prévue à la fin du mois d"octobre. Visites officielles, interviews, dîners protocolaires et rencontres. Mais sur son agenda figure un point important qui fait l'unanimité de la presse et des médias russes. L'affaire Macha Zakharova.

Tout a commencé en 1996. Les parents de la petite Macha divorcent. Sa maman est russe et son papa français. La petite Macha n'a alors que 3 ans. Sa mère est une comédienne célèbre en Russie, issue d'une famille illustre d'architectes de Saint-Pétersbourg.  Le couple se déchire, après le divorce la mère obtient la garde jusqu'à ce jour de novembre 1998 où Mâcha rentre d'un week-end passé chez son père...

Elle était couverte d'hématomes, raconte aujourd'hui Natacha Zakharova, alors, j'ai prévenu la justice. La suite est dramatique: un juge d'instruction du tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine) est saisi des faits de violence et le juge des enfants, Marie-Jeanne Simonin, décide de retirer provisoirement Macha à ses parents!?... Le 11 décembre 1998 le magistrat ordonne: «Vu l'urgence, attendu que le père est actuellement en garde à vue ce jour pour des violences qui auraient été subies par la mineure fin novembre 1998, attendu que le père accuse la mère d'avoir commis ces violences, attendu qu 'il v a lieu de mettre l'enfant à l'abri du conflit familial qui est très important... ordonnons le placement provisoire de l'enfant à l'Aide sociale à l'enfance, groupement 5 à Suresnes.»

C'était il y a deux ans. Depuis l'affaire n'a cessé de se compliquer jusqu'à devenir une affaire d'État qui empoisonne les relations entre les deux pays. Le président de la République, Jacques Chirac, a été averti, via l'Ambassade de Russie à Paris, dans un courrier daté du 16 juin dernier. Auparavant, l'ambassade avait fait part de son indignation au ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, et au Garde des Sceaux, Élisabeth Guigou. L'ambassadeur de Russie en personne, son excellence Nicolaï Afanassievskiy, s'est investi dans cette affaire en demandant à Me Paul Lombard de s'occuper du  dossier "Zakharova" auprès de Me Rodolphe Costantino, avocat désigné par la mère de Macha en septembre 1999.

Le juge des enfants de Nanterre a pris toute une série de décisions interdisant le droit de visite à Madame Zakharova, expliquent Me Lombard et Me Costantino. Pendant plus d'un an, notre cliente n 'a pas été autorisée à voir sa fille.  Pis encore, on a interdit à Madame Zakharova de communiquer avec sa fille en russe! (...) Lui interdire de parler sa langue maternelle nous paraît contraire au droit!

Voici une lettre du juge des enfants de Nanterre, en date du 2 juillet 1999, adressée à Natacha Zakharova: «... Je vous confirme que les conversations que vous avez avec votre fille, que ce soit par téléphone ou lors des visites, doivent se dérouler en français. Votre langue ne peut être utilisée que pour quelques (NDLR : le mot est souligné dans la lettre du juge) mots affectifs d'usage.»

Dans une ordonnance rendue le 27 avril 2000, le juge des enfants de Nanterre note, sous la pression de Me Costantino: «Par ses dessins et écrits, Macha manifeste le désir de revoir sa mère: il y a lieu de rétablir des rencontres dans un cadre rassurant et médiateur et qui soit aussi un service neutre.» Le 5 juin, MMe Costantino et Lombard plaident pendant plus de trois heures devant le juge Marie-Jeanne Simonin au tribunal de Nanterre «pour qu 'elle rapporte son ordonnance et rende l'enfant à sa mère» confient les avocats. Quelques jours plus tard, le magistrat rend sa décision et prolonge le placement de Macha pour un an?!

Décidément le Juge n'a pas pris en compte un courrier de l'hôpital Necker-Enfants-Malades disant: "Macha va mal (cauchemars, manifestations régressives, réveils nocturnes)" et demandant à l'autorité judiciaire d'arrêter "le processus d'escalade médicale fort préjudiciable à Macha".

«Personnellement, j'ai une position contraire à celle du juge, poursuit Me Lombard, c'est pourquoi, avec Me Costantino, nous avons saisi la cour d'appel de Versailles qui examinera cette affaire prochainement». «Je considère, estime pour sa part Me Lombard, que Madame Zakharova est particulièrement apte à exercer son droit de mère et je demande s'il est sain d'arracher un enfant à une mère qui ne l 'a pas démérité. Je demande si l'on a le droit, en vertu de la Convention européenne des droits de l'homme, d'interdire à une mère de parler à son enfant dans sa langue maternelle. Je demande où se situe l'intérêt de l'enfant car c'est là le critère principal... Moi, je dis que l'enfant présentait, avant son placement, tous les critères d'un enfant équilibré et je crains qu'il n'en soit plus de même aujourd'hui». «J'attribue à ce dossier la devise des naufrages: les enfants d'abord... Rien ne remplace l'amour d'une mère».

La mère de Macha a droit qu'à «une visite médiatisée et en langue française à l'APCE, rue de Vaugirard, à Paris». M° Costanüno condamne cette décision avec ferveur: «Je m'exprime publiquement pour la première fois pour dénoncer la cruauté, la violence et la gravité de l'injustice dont sont victimes cette mère et cette enfant, arrachées sans raison l'une à l'autre. L'enfant a vécu cette séparation comme un abandon et les psychologues nous assurent que les conséquences sur son psychisme et sa vie psycho-affective à venir seront désastreuses et irréversibles».

Nous avons rencontré Natacha Zakharova à plusieurs reprises. Une femme belle et digne qui est accablée par cette souffrance. "Demain je vais voir Macha dans cette espèce de prison, ma petite Macha, que je ne vois qu'à travers des barreaux. C'est insupportable". "Victoria, vous êtes, aussi une mère", confie t-elle à notre rédacteur, "vous pouvez me comprendre. De quel droit peut-on me séparer de mon enfant?" Je remarque un petit chaton sous son manteau: "je l'ai acheté pour ma Macha. Elle aime tellement les animaux, je vais lui dire qu'il attendra son retour à la maison"... Nous partons avec les larmes aux yeux...


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