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9 mai 1945 - 9 mai 2000 : 55ème ANNIVERSAIRE DE LA VICTOIRE COMMUNE SUR LE FASCISME

L'AIDE DE GENEVE AUX PRISONNIERS DE GUERRE DE LA RUSSIE ET DE L'ALLEMAGNE - Nikolaï Dembitski, de l'Institut d'histoire militaire (Moscou)

Le XXème siècle entrera notamment dans l'histoire de l'humanité comme le siècle de deux guerres mondiales ayant impliqué des dizaines de millions d'hommes. Qui firent un grand nombre de victimes. Près de 10 millions de prisonniers durant la première guerre mondiale, 35 millions durant la seconde. Pour ne parler que des principaux participants à ces guerres, disons que, durant la première guerre mondiale, plus de 3,5 millions de soldats ennemis ont été fait prisonniers et se sont retrouvés aux mains de la Russie, alors qu'environ 2,5 millions de Russes se sont retrouvés prisonniers de l'Allemagne et de ses alliés.

Durant la seconde guerre mondiale, l'Armée Rouge fit prisonniers 2 389 560 soldats allemands sur le front germano-soviétique; 356 687 d'entre eux moururent en captivité. Selon les documents de la Wehrmacht, 5,7 millions de soldats soviétiques furent capturés, dont 3,3 millions périrent. Ce nombre élevé de décès s'explique par les conditions de détention extrêmement pénibles réservées par l'Allemagne aux prisonniers de guerre soviétiques.

Durant la seconde guerre mondiale, comme durant la première, le Comité International de la Croix Rouge oeuvra à adoucir le sort des blessés et des prisonniers de guerre qui se trouvaient entre les mains des belligérants. Dès le 23 juin 1941, deux jours après l'agression de l'Allemagne contre l'Union Soviétique, Max Guber, président du CICR, fit savoir à Molotov, Commissaire du peuple de l'URSS aux affaires étrangères, que son organisation était prête à servir d'intermédiaire dans les échanges de listes des prisonniers de guerre. Il ajoutait que les informations concernant chaque "prisonnier de guerre" (nom et prénom, grade, lieu de naissance, état de santé) seraient transmises non seulement aux belligérants, mais aussi aux familles qui s'adressaient au CICR pour obtenir des renseignements sur un parent.

Fin juin - début juillet 1941, l'Union Soviétique, la Finlande, l'Italie, la Slovaquie et l'Allemagne donnaient leur accord pour un échange des listes de prisonniers, sur la base de la réciprocité. Dans une note en date du 17 juillet 1941, l'Union Soviétique confirma son intention de régler avec les dirigeants nazis les questions liées au traitement des prisonniers de guerre. Il fut déclaré au gouvernement suédois, qui défendait les intérêts de l'URSS aux pourparlers avec l'Allemagne, que l'URSS reconnaissait la convention de la Haye sur les lois et les us de la guerre, et qu'elle s'engageait à la respecter sur la base de la réciprocité.

Dans un ouvrage intitulé "Keine Kameraden. Die Wehrmarcht und die sowjetischen Kriegsgefangenen 1941 - 1945" (Stuttgart, 1978), le chercheur allemand K. Streit montre, en se référant à des documents du ministère allemand des Affaires étrangères, qu'un chance réelle d'améliorer le sort des prisonniers de guerre soviétiques et allemands avait été laissée de côté au début de la guerre, par la faute, en premier lieu, des dirigeants fascistes qui n'avaient pas réagi comme ils l'auraient dû à la note de l'URSS en date du 17 juillet 1941.

Pour remplir les engagements pris devant le CICR, les dirigeants soviétiques décidèrent, le 24 juillet 1941, de créer un "Bureau central de renseignements sur les prisonniers de guerre (BCR) auprès du comité exécutif de l'Union des sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge.

La situation évolua très rapidement dans les premières semaines et les premiers mois de la guerre. Les échanges de télégrammes se multiplièrent entre Genève et Moscou, Genève et Berlin. Les rencontres à un niveau officiel se firent plus fréquentes entre les fondés de pouvoir du CICR et les représentants des Etats belligérants. C'est ainsi que, durant la deuxième moitié du mois de juillet 1941, le fondé de pouvoir du CICR rencontra à Ankara l'ambassadeur soviétique, S. Vinogradov. Il fut surtout question des modalités d'échanges des listes de prisonniers et de blessés. Les pourparlers s'achevèrent sur une note quelque peu inattendue. Le délégué du CICR expliqua que son organisation existait grâce à la générosité des gouvernements et des personnes privées, que l'Allemagne et la Grande Bretagne venaient juste de verser leur obole. La partie soviétique prit bonne note de l'information mais ne fournit aucune réponse.

Le CICR poursuivait son travail en dépit d'une détérioration sérieuse de l'atmosphère des négociations d'Ankara. Le 22 août, Guber fit savoir à l'URSS que la partie allemande avait fourni une liste de 300 prisonniers de guerre soviétiques qui devait être remise incessamment à Moscou. P. Soprounenko, chef du commissariat du peuple aux affaires intérieures et commandant à la sécurité d'Etat, fut alors chargé de préparer une liste de 300 prisonniers de guerre allemands.

Le 19 septembre 1941, E. Adler, représentant du CICR, se rendit à l'ambassade soviétique à Ankara. Il informa Vinogradov de la visite qu'il avait effectuée, avec son collège du CICR K. Burkhardt, au camp de prisonniers de guerre soviétiques de Hammerstein. Adler brossa un tableau idyllique de la vie des soldats de l'Armée Rouge en captivité. L'ambassadeur soviétique n'ajouta pas foi à ses dires. Il avait des raisons pour cela: à cette époque, des centaines de milliers de prisonniers de guerre soviétique croupissaient et mouraient dans les divers camps allemands. Ils étaient non seulement privés de nourriture et de soins médicaux, mais n'avaient même pas de toit au-dessus de leur tête.

Le 1er décembre 1941, Burkhardt rencontra l'ambassadeur de l'URSS en Grande-Bretagne, I. Maïski; l'entretien porta sur la situation déplorable des prisonniers de guerre soviétiques dans les camps allemands et les représentants de la Croix Rouge demandèrent une nouvelle fois à visiter les camps de prisonniers de guerre en URSS. Il convient de remarquer que, durant toute la période de la guerre, seul le délégué de la Ligue de la Croix Rouge Internationale, organisation fondée en 1919 aux USA, fut autorisé à visiter les prisonniers de guerre soviétiques.

Au mois d'août 1941, on était au courant, à Genève comme à Moscou, du taux élevé de mortalité parmi les prisonniers de guerre soviétiques. Le CICR adressa alors la proposition suivante à Berlin: on pourrait acheter de la nourriture et des vêtements pour les prisonniers russes dans les pays neutres, avec l'accord de l'URSS et à ses frais. La partie allemande n'objecta rien à cette initiative de la Croix Rouge. Le 21 octobre, le CICR télégraphia alors à Moscou son intention d'aider "les prisonniers de guerre". Mais cette initiative n'eut pas le soutien de l'Union Soviétique.

Le silence obstiné que la partie soviétique opposa aux demandes concernant les soldats de la Wehrmacht faits prisonniers par l'Armée Rouge, contribua à ce que, le 9 février 1942, les dirigeants nazis prennent une décision définitive: l'Allemagne n'enverrait plus aucune liste à Genève et elle mettait en même temps fin aux autorisations accordées aux délégués du CICR de se rendre dans les camps de prisonniers de guerre soviétiques. Cette décision avait été précédée de celle des autorités soviétiques: ne pas envoyer de listes aux Allemands car ils "enfreignent toutes les normes, juridiques et autres". La vérité oblige à ajouter que l'URSS ne jugea pas nécessaire d'en informer officiellement le CICR.

Dans le même temps, consciente de ses responsabilités devant la communauté mondiale et à des fins de propagande également, l'URSS consentit certaines concessions. Entre septembre et novembre 1942, les prisonniers de guerre allemands furent autorisés, dans plusieurs camps, à écrire chez eux. En quatre mois (de septembre à fin décembre), 3 096 lettres furent envoyées aux bureaux de poste du CICR de Stockholm et d'Ankara. A partir de janvier 1943, la correspondance fut autorisée dans tous les camps. A la fin de 1943, le CICR avait renvoyé en Allemagne 6 000 cartes postales au total en provenance de l'Union Soviétique. De plus, l'aviation soviétique larguait en Allemagne des milliers de lettres de prisonniers de guerre.

Il convient également de remarquer que le travail du CICR ne consistait pas seulement à collecter des listes de prisonniers de guerre et à faire parvenir les lettres aux familles, le Comité faisait également parvenir aux prisonniers des vivres et des médicaments. Le CICR prit de nombreuses initiatives; qui n'eurent pas toujours le soutien des belligérants. La seule mesure qu'il put pleinement mener à son terme logique, ce fut, au milieu de 1944, la distribution de colis d'herbes médicinales aux prisonniers de guerre soviétiques.

C'est au début des années 50 que l'URSS dressa le bilan des activités humanitaires entreprises par le CICR durant la seconde guerre mondiale. Burkhardt, fondé de pouvoir du Comité international, fut qualifié "(d')ennemi patenté de la démocratie et (d')ami des fascistes allemands". Il fut reproché à Guber, ancien président du CICR, une origine qui n'avait rien de prolétarienne.

Mais aujourd'hui, grâce à la divulgation de nombreuses archives, russes notamment, on peut espérer qu'avec le temps, la génération des jeunes historiens saura apprécier à sa juste valeur les activités déployées par le CICR pour adoucir le sort des "prisonniers de guerre", aussi bien en Allemagne qu'en URSS pendant la seconde guerre mondiale.


Extrait des "Actualités Russes" - Avec l'aimable autorisation du Centre d'information près l'Ambassade de la Fédération de Russie en France.


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