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Rostov-le-Grand

Rostov. Kremlin - Eglise de Saint-Jean-l'Evangeliste, 1683.Seulement deux villes de l'ancienne Russie portaient le qualificatif de «grande». La première était Novgorod, la seconde Rostov. Déjà au XII siècle Rostov s'étendait sur la rive du lac Néro, mais avant même l'arrivée des Slaves il existait à cet emplacement une grande agglomération ougro-finnoise: et pendant longtemps une banlieue de Rostov fut désignée coin tchoude, c'est-à-dire «le quartier des étrangers». A Rostov, ville riche et commerçante, il y avait une assemblée du peuple (en russe vétché) et ses habitants reconnaissaient sans enthousiasme le pouvoir princier. Ils avaient encore moins de sympathie pour le christianisme, qui leur était imposé. En 1073 un évêque trop zélé, Léonti, fut assassiné et pendant plus de 70 ans l'Eglise hésita à le remplacer. Le grand-prince Andréï Bogolioubski réussit à maîtriser ses sujets épris de liberté, mais lui aussi craignait de vivre dans cette ville qui était pourtant la plus riche et la plus importante de toute sa principauté. En 1162 le prince fit ériger dans la ville la cathédrale de la Dormition en pierre blanche. Bien que remaniée à plusieurs reprises la cathédrale a conservé ses fondations primitives, les parties inférieures des murs et même quelques fragments de fresques du XIIe siècle.

Rostov. Kremlin - Clocher, 1682-1687. Les cloches.Avant d'arriver à Rostov, environ à une dizaine de kilomètres en venant de Moscou, la ville offre un panorama d'une beauté unique: de gros nuages dans un ciel qui est rarement pur, la surface gris de plomb des eaux du lac. Le lac était profond et servait de passage à de gros navires qui allaient sur la Volga par la rivière Kotorosl. De l'autre côté du lac se trouve le groupe pittoresque des églises: on distingue les coupoles argentées de la cathédrale de la Dormition. le kremlin d'un blanc éclatant, l'ensemble plus récent du monastère du Sauveur-Iakovlievski et même au loin on aperçoit le vieux monastère d'Abraham. Juste à l'entrée de la ville, au bord de la rivière Ichna se dresse la merveilleuse chapelle en bois de Saint-Jean-l'Evangéliste: c'est aujourd'hui le dernier édifice cultuel en bois dans la région de laroslavl.

A Rostov, il y a avant tout le kremlin qui servait jadis de résidence au métropolite. L'or et l'argent de ses toits, de ses coupoles et de ses croix ajourées resplendissent au soleil. Il y a quelques années il n'aurait pas été possible de voir toutes ces merveilles. En effet en août 1953 un ouragan endommagea la ville, arrachant les arbres et balayant les toits des maisons comme des feuilles mortes. Toutes les églises de Rostov furent décapitées, défigurées. Et c'est grâce au travail rapide des restaurateurs que nous pouvons à nouveau nous émerveiller devant les églises de Rostov.

Rostov. Kremlin - Eglise de Saint-Jean-l'Evangeliste, 1683. Interieur.La plupart des constructions du kremlin datent de la fin du XVIIe siècle et furent élevées au cours d'une vingtaine d'années. Elles furent financées par le métropolite de Rostov. Jonas Syssoïévitch. qui était très riche. Jonas fit appel aux meilleurs artisans tailleurs de pierre et peintres de l'époque. L'enceinte d'un kilomètre de longueur et ses onze tours n'ont pas de valeur défensive: les vraies forteresses étaient tout autres en cette fin du XVIIe siècle. Mais les largesses du «maître spirituel» de la ville accrurent son autorité. Les murs élevés avaient cependant une application pratique: ils protégeaient les trésors des églises.

Initialement dans le kremlin se trouvaient trois bâtiments en pierre: le palais du clergé, le palais princier et la demeure du métropolite. On y ajouta quatre églises et trois palais. La maison du métropolite fut remaniée et on aménagea une série de passages par lesquels on peut encore aller de maison en maison, sans avoir a descendre au niveau du sol.

La première des quatre églises, celle de la Résurrection, fut construite en 1670 au-dessus de l'entrée principale du monastère, face à la cathédrale de la Dormition. Elle a un soubassement élevé, cinq coupoles et des zakomary, c'est-à-dire des toitures voûtées, et ici de forme pointue caractéristique des églises construites par Jonas, qui forment un toit à 24 pentes. La deuxième, érigée en 1683 sur un ancien portail pratiqué dans le mur ouest de l'enceinte, est celle de Saint-Jean-l'Evangéliste. Elle ressemble beaucoup à l'église de la Résurrection, mais en plus élégant. Ces deux églises sont flanquées de tours rondes terminées en cube: les toits de ces tours sont recouverts d'écaillés en tremble. Le tremble sous l'effet de l'air, acquiert très vite une couleur gris argenté et un aspect satiné. Les toits de ce type sont très beaux et relativement durables. L'oratoire privé du métropolite, l'église du Sauveur-sur-1'Entrée (en russe Spass na Séniakh), est la troisième. Elle est surmontée d'une petite coupole dorée. L'extérieur est très modeste: toit à 8 pentes, une ceinture de petites arcades sur les murs et des pilastres à peine visibles. Rostov. Kremlin - Eglise de Saint-Sauveur-sur-l'Entree. 1675. Interieur.Par contre l'intérieur est plus riche que dans les autres églises. Seulement un tiers de l'espace est réservé aux fidèles. La petite plate-forme de l'ambon (partie du sanctuaire où officie le prêtre) est surélevée de huit marches et l'autel est encore plus haut. Le tout est surmonté d'arcatures à clefs pendantes. Les fresques ont été exécutées par des artisans locaux. L'iconostase dans les trois églises est une cloison en pierre contrairement à l'usage qui était de les construire en bois. Le sanctuaire de l'église de Saint-Jean-l'Evangéliste est très bas: en effet, tout près de là le Beau Palais servait de résidence aux hôtes de marque et il était inconvenant pour le métropolite de se trouver au-dessus de leur tête. L'église de la Résurrection et celle de Saint-Jean-l'Evangéliste ont été décorées par des peintres célèbres: Gouri Nikitine et Sila Savine de Kostroma et Dimitri Plékhanov de Péréslavl-Zalesski. Les fresques abondent en tons bleus: c'était alors la couleur la plus chère et le métropolite qui n'hésitait pas à la dépense voulait montrer sa richesse et sa générosité.

La quatrième église, celle de Saint-Grégoire-le-Théologien. est située en dehors de l'enceinte. Elle se dresse à l'emplacement de l'ancien monastère de Saint-Grégoire dans lequel fut transféré en 1214 le premier établissement d'enseignement supérieur de la Russie du nord-est.

Le Beau Palais et le Palais Blanc, récemment restaures et qui comptent parmi les rares édifices civils de l'Anneau d'Or, ainsi que le campanile qui se dresse à côté de la cathédrale de la Dormition. complètent merveilleusement l'ensemble du kremlin.

L'église du Sauveur dans le quartier du commerce (Spass na torgou) est à côté du kremlin. Actuellement on y dégage des fresques très intéressantes de la fin du XVIIe siècle. Un peu à l'écart de la ville se dresse l'église de Saint-Isidore qui date du temps d'Ivan le Terrible. Malgré de nombreux remaniements, aussi grossiers que maladroits, elle a retrouvé, grâce aux restaurateurs soviétiques, son aspect primitif.

Le monastère de Saint-Abraham, est fondé à l'emplacement d'un temple païen au dieu du bétail Vêles. Puis viendra le tour du monastère du Sauveur-Iakovlievski qui possède aussi une église élevée par Jonas Syssoïévitch et l'église du Sauveur-sur-les-Sables (Spass na peskakh), vestige d'un monastère fondé par la princesse Marie, la première et peut-être la seule femme auteur de chroniques. Elle eut pour mari le prince Vassilko de Rostov qui périt torturé par les Tatars en 1238. C'est à sa plume que nous devons les nécrologies des princes russes tués pendant les dures années de la domination tatare.

Eglise de Saint-Jean-l'Evangeliste sur la riviere Ichna a proximite de Rostov. 1687-1689.D'autres femmes remarquables de Rostov sont entrées dans l'histoire: les princesses Daria Rostovskaïa et Antonina Poujbolskaïa. Vêtues en soldats elles combattirent vaillamment à la bataille de Koulikovo en 1380, bataille où le prince Dimitri Donskoï battit les Tatars. Au XVIIe siècle le même exploit fut réalisé par Irina Lougovskaïa, femme de Moussine-Pouchkine. Le nom de la «princesse érudite» était célèbre jusqu'à Londres et Amsterdam. Les étrangers qui avaient l'occasion de lui parler considéraient que c'était un grand honneur. Elle avait dans sa jeunesse failli être la femme du tsar Alexis Mikhaïlovitch, mais la petite noblesse de son père l'en empêcha. Après quoi pour ne pas être donnée en mariage à un vieux seigneur, elle s'enfuit après avoir écrit à celui qui allait devenir son mari: «Si tu m'aimes, viens à mon secours». Et c'est à ses côtés que le soi-disant jeune frère de Moussine-Pouchkine fit la guerre. Veuve très tôt, elle vécut à Rostov où elle collabora avec Jonas Syssoïévitch à la construction du kremlin. Elle donna aux ouvriers une Bible de Piscator dont les illustrations les influencèrent beaucoup: les traces de cette influence se retrouvent dans les fresques des églises de Rostov. Cette femme admirable collectionnait les livres anciens et les chroniques. Elle sut faire partager à son fils son amour pour l'histoire de la Russie et celui-ci continua d'amasser des livres pour la bibliothèque familiale qui fit partie de celle de son petit-fils Alexandre Ivanovitch, le plus célèbre des membres de cette famille d'érudits.

 

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