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Lettre ouverte de Vladimir Poutine aux électeurs russes

La semaine dernière, la Commission électorale centrale a enregistré ma candidature à l'élection du président de la Russie. J'avais bien pesé ma décision de me présenter à l'élection et je l'ai annoncée il y a longtemps. Mais la campagne électorale a ses obligations. Elle impose judicieusement des limitations et m'astreint à séparer ce que je fais tous les jours en ma qualité de chef de l'Etat de ce qu'il convient de faire dans le cadre de la campagne électorale.

Tout comme les mois précédents, je continuerai à m'acquitter de mes fonctions directes. Aucune manifestation électorale particulière n'est prévue dans mon emploi du temps. Quant à l'état-major électoral qui a été mis en place, il ne fera que ce qu'imposent la loi sur l'élection du président et les instructions de la Commission électorale centrale.
Il y a cependant un autre aspect. Il s'agit des obligations du candidat vis-à-vis des électeurs russes, dont la plus importante consiste à exposer son programme, à évoquer les problèmes que l'on compte régler en accédant au poste de chef de l'Etat russe. Bref, présenter ses positions électorales.

C'est effectivement important. D'un côté, ma position officielle est franche et connue de tous. En six mois, les gens ont pu voir ce que je juge le plus important, ce que je suis déjà en train de faire dans le domaine politique et dans l'économie nationale. Il reste pourtant à répondre à la question "Qui est Poutine et quelles sont ses options politiques?"

Puisque la question est posée, il faut y répondre. J'ai trouvé que la meilleure façon de répondre serait de m'adresser à vous directement. J'ai décidé de me passer d'intermédiaires, de dire brièvement et clairement, ce que je pense de notre vie et ce qu'il convient de faire pour qu'elle s'améliore.

NOS PROBLEMES
Nombreux sont ceux qui cherchent la cause de nos échecs dans l'incompétence des décisions prises dans des domaines concrets. Ce n'est vrai qu'en partie. Les spécialistes ne sont toujours pas parvenus à cibler les erreurs décisives. Et ce n'est pas de leur faute si chacun voit midi à sa porte et dé-fend son opinion.
Je suis convaincu qu'il ne peut y avoir de programme cohérent, fonctionnel, si les chapitres économiques sont élaborés dans un bureau, les passages politiques dans un autre et la politique inter-nationale dans un troisième, si on essaie ensuite d'en "coller" mécaniquement les morceaux et de les faire passer pour la plate-forme solide de l'Etat. Ce n'est pas une bonne démarche, cela n'ira pas. N'importe quel programme commence d'abord par désigner ses principaux objectifs. Un pro-gramme d'Etat doit partir de ce qui est censé nous unir tous, nous les citoyens de notre pays. Ce qui importe surtout pour un citoyen russe, c'est l'idéal moral qu'il acquiert initialement dans sa famille et qui est le fondement du patriotisme. C'est essentiel. Sans cela, aucun contrat n'est possible, sans cela, la Russie devrait renoncer à sa dignité nationale, voire à sa souveraineté nationale. C'est notre point de départ. La mission du chef consiste à fixer les objectifs communs, à désigner à chacun sa place et à l'aider à croire en ses propres forces. C'est l'unique façon de former un esprit d'équipe, de remporter la victoire. Si bien que le plus important aujourd'hui est de reconnaître ouvertement nos problèmes fondamentaux et de définir exactement les priorités.
Je suis prêt à dire, comment je les conçois. Le problème numéro un, et le plus important, est le manque de volonté. La perte de la volonté d'Etat et de la détermination à mener à bien les affaires en cours. Les hésitations, les oscillations de coté et d'autre, l'habitude de remettre à plus tard les tâches les plus difficiles.
Il est plus que temps d'entrer dans le vif du sujet. Surtout pour les problèmes les plus dangereux. Ceux qui nous freinent tout le temps, qui empêchent l'économie de respirer et l'Etat de progresser. Qui mettent, à franchement parler, notre existence en péril.
Il est et de loin plus dangereux de continuer à les éviter que de relever le défi. Les gens ne croient pas aux promesses et le pouvoir perd de plus en plus la face. La machine de l'Etat est fatiguée, son moteur - l'exécutif - grince et tousse à chaque tentative de le faire démarrer. Les fonctionnaires font "avancer les dossiers", mais pas les affaires, ils ont quasiment oublié ce qu'est la discipline. Dans ces conditions, les gens ne peuvent plus compter ni sur la force de la loi, ni sur l'objectivité des autorités. Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Dans ce cas, qu'ont-ils à faire de ces autorités?
La criminalité est un bon exemple de ce mal invétéré. En dissertant en vain sur la lutte contre la criminalité pendant des années, nous avons laissé ce mal prendre racine en Russie. Le banditisme s'est ancré partout, poussant ses ramifications en ville comme à la campagne. Nous en sommes arrivés au point où toute une république, un membre de la Fédération - la Tchétchénie - a été occupée par le monde du crime qui en a fait sa forteresse. Mais il aura suffi que l'on combatte de front les bandits, qu'on les écrase, pour faire un pas réel vers le rétablissement de l'Etat de droit, de la dictature de la loi qui est la même pour tous.
Désormais, où que se cachent les terroristes et les criminels - à Novgorod, à Saint-Pétersbourg ou à Kazan - dans n'importe quelle ville de Russie, ils ne peuvent plus espérer trouver aide et refuge en Tchétchénie. Un coup terrible a été asséné au monde du banditisme.
Ce n'est qu'un premier pas, d'autres suivront. Mais cela aurait été impossible si l'on était resté à Moscou à imaginer un nouveau programme de lutte contre la criminalité. Il fallait relever le défi sur le champ choisi par l'adversaire et l'écraser sur ce même terrain.
Je pense avoir expliqué la façon dont on peut et on doit régler les problèmes difficiles. La vie même nous suggère que l'on ne peut gagner que si l'on relève ouvertement le défi.
Notre autre problème majeur est l'absence de règles strictes et universellement reconnues, dont les particuliers et la société ne peuvent pas se passer. Pour un Etat, les règles sont la loi, la discipline constitutionnelle et l'ordre, la sécurité de la famille et des biens des citoyens, la sécurité de la personne et la certitude de l'immuabilité des règles du jeu.
Sur cette question l'Etat devra commencer par lui-même. Non seulement il doit instaurer des règles identiques pour tous, mais aussi les respecter lui-même. C'est la seule façon d'obtenir de chacun le respect de normes de conduite identiques et définies par la loi. Dans un Etat qui n'est pas un Etat de droit, un Etat faible donc, l'homme est sans défense et n'est pas libre. Plus l'Etat est fort, plus l'individu est libre. Dans un Etat démocratique, vos droits comme les miens sont limités par les droits identiques des autres. C'est sur la reconnaissance de cette vérité simple que se fonde la loi qui doit servir de référence à tous, aux représentants du pouvoir comme aux simples gens.
La démocratie, c'est la dictature de la loi et non pas la dictature de ceux qui de par leur fonction sont tenus de défendre la loi. Je ne pense pas inutile de rappeler que le tribunal prononce ses sentences au nom de la Fédération de Russie et est tenu d'être à la hauteur des responsabilités que ce-la implique. La police et le parquet doivent servir la loi et non pas essayer de "privatiser" les pouvoirs dont ils sont investis pour s'en servir dans leur propre intérêt. Leur seule tâche directe est de défendre les gens et non pas de développer de fausses idées sur l'honneur de l'uniforme ou leurs intérêts ministériels.
Les règles comptent partout et pour tous, qu'il s'agisse du pouvoir, des chefs d'entreprise et d'autant plus encore des faibles qui ont besoin d'une protection sociale. Comment peut-on aider les démunis si le trésor ne reçoit pas les impôts? Il est impossible de construire un marché civilisé dans un monde miné par la corruption. Aucun progrès économique n'est possible si le fonctionnaire dépend du capital.
Comment, dans ce cas, bâtir les relations avec les "oligarques"? Sur les mêmes principes qu'avec les autres, comme avec le propriétaire d'une boulangerie artisanale ou d'une cordonnerie, par exemple.
Seul un Etat fort et efficace peut se permettre de vivre selon la loi. Lui seul doit garantir la liberté aux entrepreneurs publics et privés.
Apprenons-nous mutuellement à respecter les règles établies, apprenons nous-mêmes à nous comporter avec décence et obligeons les autres à faire de même. Punissons les contrevenants en stricte conformité avec la loi et ceux qui jusqu'ici avaient intérêt à la contourner préféreront ne plus avoir affaire à nous. A ceux qui l'aurait oublié, rappelons que le pouvoir est un travail qui est payé de la poche des contribuables, parce que nous gagnons vous et moi.
Je sais que nombreux sont ceux aujourd'hui qui craignent l'ordre. Mais l'ordre est constitué de règles. Et que ceux qui s'efforcent d'interchanger les notions et de faire passer l'absence d'ordre pour la véritable démocratie n'essayent pas de nous jouer un mauvais tour et de nous effrayer en agitant le spectre du passé. "Note terre est riche, seul l'ordre y manque", avait-on coutume de dire en Russie.
On ne parlera plus de nous en ces termes.
Enfin, il existe un autre problème et si on ne le résout pas, il est inutile d'établir des projets d'avenir.
Nous n'avons qu'une idée très vague des ressources que nous possédons aujourd'hui. Tout le monde semble comprendre que le patrimoine est intouchable, mais quel est-il, où est-il et à qui appartient-il? Reconnaissons que nous ne savons même pas en chiffes réels ce qui appartient à l'Etat. A commencer par les trésors du Gokhran (la trésorerie d'Etat), jusqu'aux inventions dont les droits d'auteur appartiennent à des particuliers. C'est honteux de devoir le reconnaître, mais personne aujourd'hui ne peut citer le nombre exact des entreprises en activité, le montant de leurs revenus ni même des données exactes sur la population du pays.
Il est temps de savoir exactement qui possède quoi en Russie. Ce n'est qu'en le sachant qu'on pourra mesurer pertinemment nos propres forces et savoir quels objectifs sont réalisables. C'est cette base de données qui nous est nécessaire pour prendre le départ. Telle une bouffée d'oxygène, nous avons besoin aujourd'hui d'un "inventaire" à grande échelle du pays. Nous avons besoin d'un recensement fiable, de faire le décompte de tous les éléments.
Un nouveau directeur qui entre en fonction commence par exiger le bilan financier. La Russie est aussi une exploitation immense, complexe et très diversifiée. Il est inutile d'épiloguer pour savoir si nous sommes riches ou pauvres, si nos succès et nos échecs, nos pertes antérieures et nos nouveaux acquis ne sont pas comptabilisés.
Chacun de nous a, à coup sûr, sa propre idée sur l'origine de nos échecs et de nos erreurs. Je pense qu'il est grand temps de nous entendre, nous citoyens de la Russie, sur ce que nous attendons de l'Etat et les points sur lesquels nous sommes prêts à le soutenir. Je parle là de nos priorités nationales. Sinon, nous allons de nouveau perdre du temps et laisser décider de notre sort les beaux parleurs irresponsables.

NOS PRIORITES
Ces dernières années, nous avons adopté des centaines de programmes de mesures "primordiales" et "prioritaires". Or, s'il y en a tellement, c'est que personne n'a trouvé le temps de s'occuper des priorités réelles. Nous avons toujours été à la traîne des événements, contraints de nous tirer sans cesse des embarras créés par nos propres décisions irréfléchies. Nous avons toujours mis en vrac dans le même panier les problèmes importants et mineurs, en nous attelant par contre avec enthousiasme aux tâches faciles pour justifier notre propre refus et notre peur de relever les vrais défis de taille.
Si nous ne voulons pas suivre les chemins battus, si nous ne voulons pas que le pays traîne en arrière, nous devons déterminer les problèmes réellement primordiaux. On verra qu'ils ne sont pas si nombreux si on sait s'y prendre. Mais c'est vrai, ils sont compliqués.

Notre priorité, c'est combattre notre propre pauvreté.
Nous avons pris l'habitude de tirer orgueil de nos richesses: un territoire immense, des ressources naturelles, une culture pluriethnique et un haut niveau d'instruction de la nation. Tout cela existe, à n'en pas douter, mais c'est scandaleusement peu pour le grand pays qu'est la Russie.
Il faut bien finir par ce dire: nous sommes un pays riche de gens pauvres. Nous sommes d'une manière générale un pays de paradoxes, moins politiques que sociaux, économiques et culturels.
Nos enfants remportent des médailles d'or aux olympiades internationales. Nos meilleurs cerveaux sont réclamés en Occident. Les musiciens et les chefs d'orchestre russes jouent à guichets fermés dans les meilleures salles de concert du monde. Les théâtres de la capitale sont toujours combles. Tout cela constitue notre richesse.
Mais il existe aussi un autre aspect de la vérité, qui non seulement nous consterne, mais appelle aussi à l'action. Il y a encore des millions de gens dans le pays qui arrivent à peine à joindre les deux bouts et économisent sur tout, même sur la nourriture. Des parents et des enfants restent des années sans même pouvoir s'acheter un billet de train pour se rendre visite. Les vieux, ceux qui avaient remporté la victoire dans la Grande Guerre Patriotique et donné à la Russie la gloire d'une puissance mondiale, vivent tant bien que mal et même pire encore, réduits à mendier dans la rue. Or, ce sont les fruits de leur travail, ce sont leurs ressources qu'achève de "manger" aujourd'hui notre génération qui ne fait quasiment rien pour remplir l'escarcelle nationale. Rendre leur dû à ces gens n'est pas seulement un devoir social, c'est aussi une tâche politique et morale dans la pleine acception de ce terme.
Oui, nous avons enfin commencé à leur payer leur retraite dans les temps. Nous avons commencé à aider, dans la mesure du possible, les nécessiteux. Cependant, en ne faisant que boucher les trous, sans idées ni percées nouvelles, cette tâche d'importance véritablement nationale ne saurait être accomplie.
Il est, bien sûr, impossible de se débarrasser d'une pauvreté humiliante si on n'a pas d'argent. Ce-pendant, gonfler encore une sécurité sociale déjà énorme ne constitue pas non plus la solution. Ca, c'est du déjà vu. En l'occurrence, la principale ressource, c'est une nouvelle génération active, la génération de ceux qui veulent et peuvent devenir des gens aisés dans un Etat civilisé.
Les hommes jeunes et énergiques, tous ceux qui ont compris la valeur réelle du travail et peuvent gagner eux-mêmes leur vie, savent déjà comment débarrasser le pays de l'humiliation de la pauvre-té. Ils sont capables de lui rendre sa dignité non seulement économique, mais aussi morale. C'est une tâche de dimension nationale, et nous allons l'accomplir ensemble. L'histoire russe comporte de nombreux exemples qui attestent que la Russie a su sortir de mésaventures autrement pires.

Notre priorité, c'est la défense du marché contre toute intrusion illégitime, qu'elle soit bureaucratique ou criminelle.
Nous sommes tout simplement tenus, aujourd'hui, de garantir solidement les droits de propriété et de mettre les hommes d'affaires à l'abri d'une ingérence arbitraire, illégale dans leurs activités. Si l'Etat ne donne pas ces garanties, le vide est vite rempli par des associations de malfaiteurs qui prennent sous leur "aile" ceux qui n'arrivent toujours pas à se faire protéger par l'Etat.
A une certaine époque, le terme de "délinquance économique" est entré dans notre vocabulaire. C'est peu de dire que c'est juridiquement incorrect, c'est une erreur de sens. On ne peut pas mettre dans le même panier tous les crimes et délits liés à la gestion et aux finances pour lancer ensuite de grandes campagnes de lutte contre "les délinquants économiques".
Par ailleurs, si l'on a vu se former dans le milieu criminel une "spécialisation économique" qui rap-porte gros, cela signifie que notre secteur financier et économique constitue aujourd'hui pour elle un terrain des plus favorables. C'est l'Etat, et lui seul, qui y a contribué, par son action ou son inaction. Il y a contribué par de mauvaises lois, par l'absence de règles cohérentes et par des ingérences désordonnées et incompétentes dans l'économie de marché.
Certes, un contrôle public rigoureux est indispensable, quoique insuffisant. Mais voyons un peu ce qui se passe: on ne peut être sûr de la stabilité de son entreprise, dès lors que l'on ne peut pas compter sur la force de la loi et l'honnêteté des fonctionnaires. Résultat: mécontent des services de l'Etat, on cesse de payer ses impôts. Qui plus est, cela permet de prospérer, alors que l'Etat, privé des moyens d'entretenir un système judiciaire impartial, paie de maigres salaires aux fonctionnaires qui se laissent corrompre. La boucle est bouclée.
Nous parlons, depuis déjà des années, de la régulation de l'économie par l'Etat, mais chacun l'interprète à sa façon. Cette régulation ne consiste pas à étouffer le marché ni à élargir l'expansion bureaucratique à de nouveaux secteurs, mais bien au contraire, à aider le marché à se mettre sur ses pieds. Les gens ont le droit d'exiger qu'on les protège pour que leur entreprise ne tombe pas entre les mains d'une associations de malfaiteurs. Ils sont en droit d'exiger le respect des règles et une concurrence loyale en affaires. Tous les agents économiques doivent bénéficier de conditions égales. Il est inadmissible que les institutions publiques soient entraînées dans une lutte entre des clans ou des groupes.
A mon avis, le tableau est clair. Nous avons une fiscalité élevée, mais recouvrons peu d'impôts. Or nous avons besoin d'impôts peu élevés, mais il faut les collecter largement. En quantité suffisante pour que l'Etat soit fort et efficace, pour qu'il puisse entretenir une justice équitable et une bureaucratie incorruptible, pour qu'il vienne enfin en aide à ceux qui ne peuvent pas subvenir eux-mêmes à leurs besoins.
J'ai la ferme conviction qu'un Etat fort a tout intérêt à avoir des citoyens aisés. C'est pourquoi la clef de toute notre politique économique est de faire en sorte qu'il soit plus avantageux de travailler honnêtement que de voler.
Cela suffit de vivre toujours "dans l'attente" et de remplir un bas de laine. Cela suffit de nourrir les autres pays, tandis que les gens de chez nous sont contraints de déposer l'argent gagné dans des banques à l'étranger. Il est grand temps d'offrir aux citoyens jeunes et actifs des conditions de développement normales. En effet, ils n'ont pas besoin de vivre en serre, pas plus qu'ils ne veulent être soumis à des restrictions étouffantes. Que celui qui veut et peut vivre dans l'opulence s'aide lui-même et aide son pays.

Notre priorité, c'est rétablir la dignité individuelle du citoyen au nom de la haute dignité nationale du pays.
La Russie n'est plus, depuis longtemps, une carte tronquée de l'Union Soviétique, mais une grande puissance sûre d'elle, dont le grand peuple est promis à un grand avenir.
Des changements qualitatifs se sont produits ces dernières années dans les consciences. Nos citoyens ne sont pas encore riches, mais ils sont indépendants et parfaitement sûrs d'eux, notre presse est maintenant - et à jamais - libre. Notre armée, qui sort avec honneur d'une longue crise, ne cesse de s'améliorer et de se professionnaliser.
Certes, la Russie a cessé d'être un empire, mais elle n'a pas pour autant perdu son potentiel de grande puissance. Nous n'imposons plus notre volonté à personne ni ne retenons personne, ce qui nous laisse du temps et des forces pour nous occuper de nous-mêmes. La nouvelle génération a la grande chance historique de devoir édifier une Russie qu'elle pourra léguer sans honte à ses enfants.
Ceux qui veulent effrayer les autres en disant que nous saisirons cette chance pour établir une dictature, ont peur de leur ombre. Un grand pays tient à sa liberté et respecte celle d'autrui. Il serait déraisonnable d'avoir peur d'une Russie forte, mais il faut compter avec elle. Celui qui voudrait humilier la Russie en prendrait pour son compte.

Notre priorité, c'est construire une politique extérieure qui parte des intérêts nationaux du pays. En fait, il faut reconnaître la primauté des objectifs intérieurs sur les objectifs extérieurs. Nous devons enfin apprendre à le faire. Si tel ou tel projet international n'offre aucun avantage à nos compatriotes, il n'y a pas lieu de s'y engager aussi beau et exaltant qu'il puisse paraître. Si l'on invite la Russie à s'occuper de projets globaux et coûteux, alors que nous vivons à crédit et que nous sommes dans l'incapacité de payer les salaires aux nôtres, il faut d'abord évaluer nos disponibilités et probablement attendre.
La force publique n'a jamais existé et ne peut exister là où la faiblesse et la pauvreté prévalent. Il est temps de comprendre que notre place dans le monde, notre niveau de vie et nos nouveaux droits dépendent directement du règlement judicieux de nos propres problèmes intérieurs.
Gardons présent à l'esprit nos intérêts nationaux, et pas seulement au moment où il nous faut pro-clamer quelque chose à haute voix. Formulons nos objectifs d'une manière compétente et cohérente, et mettons les ensuite en pratique. Seuls les intérêts réels, y compris économiques, doivent conduire l'action des diplomates russes.
Je voudrais noter en l'occurrence que, si nous économisons les forces à l'heure actuelle, cela ne signifie pas une absence d'expansion vers l'extérieur, dans le bon sens du terme. Nous avons en vue, nous aussi, ce que d'autres pays qualifient de zones de leurs intérêts vitaux, mais il s'agit pour nous des sources d'un nouveau développement pacifique - économique, international, politique.
Cette liste n'est certes pas exhaustive, et pourtant, ce qui vient d'être dit, n'est-il pas suffisant pour se mettre immédiatement à l'œuvre? Les problèmes vitaux manqueraient-ils? C'est en unissant nos efforts que nous les résoudrons tous, les uns après les autres.

Notre Objectif Commun
En période électorale, les plates-formes politiques des candidats sont habituellement publiées à foi-son, mais on lit rarement jusqu'à la fin ces dossiers volumineux.
J'ai exposé ici ce que je crois essentiel. Celui qui dira que ce n'est pas un programme complet, au-ra raison. Ne prétendant pas à la vérité absolue, j'ai estimé quand même de mon devoir d'exposer brièvement à mes compatriotes mes principes et mon point de vue sur l'Etat.
Je suis convaincu que le siècle nouveau sera essentiellement marqué non par la lutte des idéologies, mais par une âpre concurrence pour une meilleure qualité de vie, la prospérité nationale et le progrès. Quant au progrès, il est soit présent, soit absent. Aucune référence à la pureté des principes de parti énoncés par "la droite" ou "la gauche" ne saurait justifier la pauvreté des peuples.
S'il fallait trouver un slogan pour ma campagne électorale, il serait très simple: une vie décente, une vie telle que la plupart de mes concitoyens veulent avoir et en laquelle ils croient, telle que je l'imagine moi-même, en tant que Russe.

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