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MIR : LES DÉBRIS D'UN EMPIRE Ces dernières années, le travail sur la station représentait un réel danger pour les cosmonautes, les accidents se répétaient de plus en plus fréquemment : incendies, dépressurisations, pertes d'orientation, ruptures de liaison avec la terre. Pourtant, ce sont justement les cosmonautes qui se sont fermement prononcés contre la destruction de Mir. Ils étaient activement soutenus par les communistes qui s'élevaient contre le " sabotage de la fierté des Russes ". En réalité, dès le début des années 90, la station Mir n'était déjà plus tout à fait russe puisqu'elle a dû sa survie essentiellement aux financements étrangers. Ces dernières années, la station n'appartenait plus entièrement à la Russie mais à la compagnie MirCorp dont 60% du capital étaient aux mains de la société russe Energuia et 40% à la compagnie américaine Gold&Appel S.A. (...) L'histoire de Mir a commencé en 1979, lorsque Moscou a décidé de créer une station orbitale à plusieurs modules destinée à remplir des missions tant civiles que militaires. Le lancement du premier module a eu lieu le 20 février 1986 et dès le 13 mars suivant, le premier équipage était envoyé sur la station. Les deux cosmonautes, Léonid Kizime et Vladimir Soloviev, sont restés dans l'espace quatre mois pendant lesquels ils ont effectué, entre autres, un " déménagement " de 800 kilos de matériel, unique en son genre à l'époque, entre la station orbitale Saliout-7 et Mir. Il était alors prévu que la station serait entièrement construite en un an puis exploitée pendant trois ans avant d'être remplacée par Mir-2. Cependant, au moment de la chute de l'URSS, seuls trois des cinq modules prévus avaient été arrimés à la station. En 1990, dix équipes avaient été envoyées sur Mir, soit 28 cosmonautes dont quatre étrangers (Syrie, Bulgarie, Afghanistan et France). (...) Lorsqu'en 1989, les dépenses de l'Etat pour son programme spatial avaient été rendues publiques, la société s'était révoltée : le pays manquait de tout alors que l'Etat dépensait près de 9 milliards de dollars pour son programme spatial. Un an après, les dépenses pour ce secteur furent réduites de moitié, tandis qu'il était décidé de poursuivre l'exploitation de Mir pendant encore quatre ans. Le financement du maintien de la station devait être assuré par des vols commerciaux. Le premier " touriste " sur Mir fut un journaliste de la chaîne japonaise TBS qui pour un séjour d'une semaine en 1990 avait payé 25 millions de dollars. Par la suite, l'exploitation de Mir a été presque entièrement assurée par l'envoi de cosmonautes étrangers à son bord. Le directeur de l'agence spatiale russe, Youri Kopteev, avait un jour avoué que la station avait été sauvée en 1993 de la destruction par un accord signé avec la NASA. L'agence spatiale américaine devait entraîner ses astronautes à des séjours prolongés dans l'espace en vue de la construction de la station spatiale internationale. Entre 1995 et 1998, sept séjours prolongés d'astronautes américains sur Mir ont rapporté à la Russie 500 millions de dollars. A cette époque, la station n'appartenait pratiquement déjà plus au gouvernement russe ; en 1991 elle avait été remise sous la responsabilité de la société Energuia chargée de rechercher les sources de financement. Au cours des dix années suivantes, 17 vols commerciaux ont été organisés pour une somme totale de 1 milliard de dollars. Outre les vols commerciaux, la publicité a également constitué une source importante de financement. Les cosmonautes russes ont été notamment impliqués dans la guerre commerciale entre Coca-Cola et Pepsi-Cola. En 1991, l'équipage de Mir dégustait ostensiblement du Coca-Cola ; cinq ans après, au cours d'une sortie dans l'espace, les cosmonautes avaient à la main une canette de Pepsi-Cola. Les équipes de Mir ont également fait de la réclame pour les montres Oméga et le lait israélien Tnuva. La publicité a rapporté à Energuia environ 2 millions de dollars. Si l'on tient compte qu'il fallait environ 70 millions de dollars par an pour maintenir la station en activité, il en résulte que se sont des investissements étrangers qui ont permis ces dix dernières années la survie de Mir. Finalement, même ces financements n'ont plus suffi. En l'an 2000, le droit d'exploitation de la station est revenu à la compagnie internationale MirCorp qui est parvenue à attirer 40 millions de dollars d'investissements, ce qui a tout juste permis d'assurer l'envoi d'une expédition et de deux fusées-cargos. A partir de juillet 2000, la station a été mise en pilotage automatique et en novembre 2000, lors d'un conseil des ministres, Youri Koptev a proposé sa destruction au premier trimestre 2001. " Mir est notre fierté. Cependant rien n'est infini. La station a épuisé toutes ses ressources et actuellement nous ne pouvons plus garantir les conditions de sécurité pour nos équipes. La station Mir doit être détruite " a conclu Youri Koptev. Le 23 mars à neuf heures du matin, heure russe, la station Mir a terminé sa course sans encombre au lieu exact de retombée calculé par les experts du Centre de contrôle. Elle aura tourné autour de la terre pendant quinze ans et 28 équipes se seront relayées à son bord. Le journal Vedomosti conclut : " l'épopée s'est achevée dignement ". Ivan Safronov - Vlast 13-03-01, Vedomosti 23-03-01 Chronologie
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