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Le Théâtre RusseThéâtre de Gennevilliers
Un pauvre petit homme double (...) Il ne s'agit pas tant dans Le Mandat de fustiger les survivances et les survivants d'un passé anachronique et révolu dans un monde nouveau qui les condamne, que de révéler des processus neufs à l'œuvre dans le présent, en même temps que de décrire, à travers des personnages marginaux, la façon dont, en lieu et place de l'utopique homme nouveau, homme de marbre ou de fer, naît en fin de compte un pauvre petit homme double. (...) C'est Staline qui, en 1924, a lancé « l'appel de Lénine » destiné à amener au parti des membres d'origine exclusivement prolétarienne, à augmenter ainsi ses effectifs de cinquante pour cent et à en renouveler le recrutement. (...) Ce recrutement massif qui transforme souvent des « ouvriers de métier » en « ouvriers porte-serviette » accélère le processus de bureaucratisation dans un pays qui n'avait pourtant pas auparavant été en manque de ce côté. Jamais les mots « papier », «certificat », « laissez-passer », « carte », « mandat », « tampon » n'ont eu autant d'importance pour la personne et pour la vie humaine. (...) La pièce saisit avec précision ce processus de bureaucratisation et de déshumanisation concomitante. (...) Concentré sous la loupe d'une intrigue excentrique, ce matériau finement observé est plus qu'une comédie de mœurs, plus qu'une satire de la NER A un moment où il est encore possible de le faire, Le Mandat dénonce non seulement le processus, en cours, de confusion et de trafic de valeurs, mais les formes de développement d'un monde double dont le tableau réversible des premières scènes donne la clé comique. Béatrice Picon-Vallin / Une pièce exemplaire, postface au Mandat. Nikolaï Erdman est né à Moscou le 16 novembre 1900. En 1918, il rejoint le mouvement d'avant-garde des « Imaginistes » et publie ses premiers poèmes. Il commence à travailler pour le théâtre en 1922 et en juin 1924 il lit Le Mandat, sa première pièce, aux acteurs de Meyerhold. La première de la pièce, le 20 avril 1925, est un triomphe. La pièce sera jouée 350 fois et reprise dans toute l'Union soviétique. Mais en 1930 elle est retirée de l'affiche et ne sera montée de nouveau qu'après la mort de Staline et le XXème Congrès du Parti communiste, en novembre 1956. Erdman voyage en Allemagne et en Italie et commence une activité de scénariste de cinéma, notamment pour Boris Barnet. En 1928, il donne sa seconde pièce, Le Suicidé, à Meyerhold. Stanislavski s'y intéresse à son tour, écrit même à Staline pour obtenir l'autorisation de la jouer, mais en octobre 1932 la pièce est interdite. Il faudra attendre 1982 pour qu'elle soit jouée en U.R.S.S. C'est la fin de la carrière de dramaturge d'Erdman. Un petit poème satirique sur Staline lui vaut d'être arrêté en octobre 1933 et condamné à trois ans d'exil. Il recevra l'autorisation de retourner à Moscou après la guerre, en 1949. Jusqu'à sa mort, le 10 août 1970, Erdman écrit pour le cirque, fait des adaptations pour le théâtre et en 1964 devient consultant au théâtre de la Taganka, dirigé par louri Lioubimov, mais il a renoncé à son activité de dramaturge et vit essentiellement du cinéma. Théâtre de Gennevilliers
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