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Le Théâtre Russe
La Mouette d'après Tchékhov - Théâtre du Lucernaire
La Mouette
d'Anton Tchékhov
Une comédienne d'un âge déclinant, vient pour les vacances à sa propriété
où l'attend un fils conçu entre deux portes, épris d'une jeune fille prête
à se jeter dans le lit du premier homme à même de lui ouvrir le chemin du
théâtre.
Un
écrivain de quatre sous s'empresse de le faire, sans pour autant quitter la
femme qui vraisemblablement l'entretient. Autour d'eux s'agitent quelques
zigotos d'une même trempe, médiocres, passablement mesquins, soûlards à
leurs heures, vantards et dés oeuvrés. Il y a mort d'homme, sans doute, mais
ce n'est pas plus grave que ce qui nous arrive tous les jours, et c'est tout
aussi drôle. Elles nous font toujours rire, les souris qui, dans un bocal,
n'arrivent pas à escalader les parois en verre. C'est amusant, les mouches
enfermées dans une bouteille. C'est rigolo les hommes qui veulent vivre quand
on les a mis au monde pour clamser.
Pour construire une Mouette plus proche du tragique gai de ceux-ci que du
modèle noble imposé par Stanislavski, il y aura dans ce spectacle
l'atmosphère des tableaux de Savrosov. Un monde en loques - mais des loques en
soie et en dentelles ! - servira d'abri aux angoisses de quelques malheureux qui
nous ressemblent parce que nous-mêmes nous ressemblons davantage aux petites
bestioles qui courent d'un abri à un autre, soucieuses de se protéger, et qui,
lorsqu'elles se donnent en spectacle, s'apparentent davantage à la grenouille
qui veut devenir aussi grosse que le bœuf qu'aux héros de Shakespeare. Entre
un adolescent intellectuellement stérile qui doit s'y prendre à deux fois pour
se tuer, une femme sur le déclin qui a enfanté par erreur entre deux portes,
un écrivain de quatre sous et une comédienne ratée dont les rêves finissent
en café-chantant devant un public de brutes ; entre une fille continuellement
soûle qui laisse pourrir son enfant dans les bras d'un mari qui pense le monde
uniquement en l'évaluant en kopecks, un intendant que sa femme n'arrive pas à
tromper puisque son amant est trop las et un vieux qui étale avec insouciance
une vie vide même de sentiments, il y a de quoi construire une vision parfaite
de notre monde tel qu'il à été conçu par un Dieu aussi
"mesquin"que le diable de Sologoub ou de Gogol...
A partir du 20 septembre 2000 à
21h30
53 rue Notre-Dame-des Champs - Paris
Du mardi au samedi au Lucernaire • Centre National d'Art et d'Essai
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