|
| |
Le Théâtre Russe
V. Meyerhold, Écrits sur le théâtre (1891-1917)
Présentation, traduction et notes par B. Picon-Vallin.
Lausanne, L'Age d'Homme, coll. th. xx, vol. 1, édition revue et
complétée, (1ère édition 1973), juin 2001 - 363 pages, 50 ill. 200 FF
ISBN 2-8251-1571-1
"Le plus dangereux pour le théâtre, c'est de servir les goûts
bourgeois de la foule. Il ne faut pas prêter l'oreille à sa voix, sous peine de
tomber du sommet dans l'abîme. Le théâtre est grand lorsqu'il fait monter la
foule à lui, ou, s'il ne la fait pas monter, alors au moins l'attire vers les
hauteurs. Si on écoute la voix de la foule bourgeoise, on peut très
facilement dégringoler. Le désir des hauteurs n'a de raison d'être que
s'il est sans compromis. Il faut se battre, coûte que coûte. En avant, en
avant, toujours en avant ! Tant pis s'il y a des erreurs, tant pis si tout est
extraordinaire, criard, passionné jusqu'à l'horreur, désespéré au point
de choquer, de faire peur, tout sera mieux qu'une médiocrité dorée. Il ne
faut jamais transiger, mais toujours innover, jouer de feux multicolores,
nouveaux, jamais vus. Ces feux aveuglent d'abord , mais ils se mettent
à flamber en vifs brasiers et ils nous habituent à leur lumière. "
Ainsi s'exprime en 1901 dans son Journal Vsevolod Meyerhold qui
deviendra le plus important metteur en scène soviétique des années vingt, et une
des figures-clefs du théâtre du vingtième siècle, celui en qui, au delà de
leurs différences, Planchon et Krejca, Chéreau, Lioubimov et Ariane
Mnouchkine, Corsetti, Sellars et Lebl peuvent reconnaître un de leurs
précurseurs.
Meyerhold, metteur en scène révolutionnaire, Meyerhold, metteur en
scène de
la Révolution, disparaîtra en 1940, victime du stalinisme. Pour
l'heure,
âgé de vingt-sept ans, il se libère du naturalisme qu'il connaît en
tant
qu'acteur au Théâtre d'Art de Moscou, chez Stanislavski, son maître :
en
1905 s'ouvre devant lui une période mouvementée de recherche,
d'expérimentation, qui lui permet d'aborder le répertoire symboliste,
et de
s'essayer à tous les genres, du drame à la pantomime, du cabaret à
l'opéra,
du cirque au cinéma. Son œuvre impose dès lors un théâtre de la "
convention consciente ", où la musique tient une place capitale.
Ce premier volume consacré à la période pré-révolutionnaire rassemble
lettres, notes, études, articles et Du théâtre, le seul livre abouti et
publié en 1913. À travers ces textes, un artiste de théâtre, metteur en
scène-acteur, se révèle -- un homme érudit, inquiet, passionné,
rigoureux.
Sa sensibilité témoigne pour une époque, ses écrits rendent compte
d'une
œuvre en perpétuel devenir, inséparable de la fermentation des milieux
artistiques des vingt premières années du siècle. Ces textes sont
essentiels pour qui veut comprendre les origines du théâtre moderne,
qu'il
s'agisse de mise en scène ou de jeu de l'acteur, de création ou de
pédagogie.
| |
|