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Vissotski Vladimir

Le 25 juillet 1980, son cercueil, drapé de noir, est exposé au Théâtre de Taganka et le lendemain, plus d’un million de personnes suivent le cortège funéraire. C’est la première fois dans l’histoire de l’URSS qu’un poète reçoit de pareils hommages.

Qui est-il ? Pourquoi est-ce que les gens viennent à la tombe de Vissotski chaque année le 25 juillet, l’anniversaire de sa mort ?

Admiré par tous les cercles de la société soviétique, une voix de dissidence, mais non pas un dissident, accepté par le gouvernement soviétique en tant qu’acteur, mais jamais comme un poète et un chanteur, Vissotski ne tenait pas d’office ou de titres. Il était simplement un fils de son pays, il était très russe.

Il a joué un rôle très politique, parce que dans ses chansons il se déclare contre la force malicieuse, contre le vilain système sous lequel il est né (Mikhaïl Chemiakine, artiste émigré, ami proche de Vissotski).

La mort de Vissotski ébranla le pays ; ses funérailles furent un événement national et eurent des suites conséquentes.

Dans son discours funèbre, par une phrase restée célèbre, un ami de l’écrivain reconnut en Vissotski "la voix pour le couleur d’une nation".

Vladimir Vissotski, il est vrai, a non seulement cumulé tous les talents (littérature, poésie, théâtre, chanson) mais aussi témoigné sa vie durant de convictions élevées, en harmonie avec son temps !

Marina Vlady, femme de Vladimir Vissotski, comédienne, actrice et écrivaine, issue d’une famille de l’aristocratie russe émigrée après la révolution de 1917, dans les années 1970 elle retournera vivre en Union soviétique auprès de son mari, Vladimir Vissotski, dont elle partagera tous les combats. De retour en France, elle décrit cette période dans un roman autobiographique, "Vladimir ou le vol arrêté" : Je ne suis pas attachée à la Russie des ancêtres, mais à celle dans laquelle j’ai vécu avec Vissotski, un homme que j’adore et qui est un grand poète, qui m’a beaucoup marquée dans ma vie de femme et d’artiste. - Marina Vlady.

Vladimir Vissotski - LE MONUMENT / Pamyatnik

De mon vivant j’étais svelte et grand
Je ne craignais ni les mots ni les balles
Je ne suivais pas les sentiers battus
Mais depuis que je suis classé défunt
On m’a ployé l’échine et brisé le talon
Nouvel Achille cloué à son piédestal.

Je ne puis secouer cette chair de granit
Je ne puis arracher mon talon de ce socle de pierre
Les côtes d’acier de ma carcasse
Agonisent dans le ciment gelé,
Et seule encore mon échine frissonne.

Je me targuais de ma toise de travers :
A mon cadastre !
Je ne savais pas qu’ils rétréciraient
Mon cadavre !
Ils m’ont remis dans la droite voie
Et misent sur moi.
Ils ont enfin redressé ma toise
De guingois.

Aussitôt mort sans crier gare,
Toute la petite famille dare-dare
Se hâte et pétrit mon masque mortuaire.
Je ne sais qui leur en a soufflé l’idée,
Mais sur le plâtre ils ont limé
Mes larges pommettes d’asiate.

Je n’avais jamais imaginé destin
Pareil, jamais je n’avais craint
De paraNtre plus mort que tous les morts.
Le calque luisait, pellicule lustrée,
Et de mon large sourire édenté
Suintait un ennui d’outre-tombe.

Jamais, vivant, je n’ai laissé ma main
Dans la gueule des carnassiers.
Et jamais ils n’osèrent m’appliquer
Le mètre quotidien.
Ils m’ont collé dans la baignoire,
Arraché mon masque,
Et le fassoyeur, de son archine de bois,
Arpenta mon corps.

Une année à peine a passé
Et, pour couronner ma correction,
Me voici sculpté, coulé, magnifié...
Sous les yeux du peuple en foule
Ils m’inaugurent, et valse la musique,
Valse ma voix des bandes magnétiques.

Le silence autour de moi s’est rompu,
Des mégaphones jaillissent les sons,
Les phares des toits braquent leurs rayons ;
Ma voix éreintée par le désespoir
Grâce au dernier cri du savoir
S’adoucit, et, colombe je roucoule.

Tapi dans mon duvet, je me tais.
Nous y passerons tous !
Et d’une voix de castrat pourtant je crie
Aux oreilles des hommes.
Ils arrachent mon suaire à mon corps rabougri.
À la toise allez !
Avez-vous donc tant besoin de me rapetisser
Après ma mort ?

Les pas du commandeur résonnent de colère,
J’ai décidé comme au temps jadis
De marcher sur les dalles retentissantes.
La foule s est ruée par les rues,
J’ai arraché mon talon gémissant
Et les pierres ont ruisselé de mon dos.
Penché sur le flanc immonde et nu,
Dans ma chute j’ai quitté ma peau,
J’ai brondi mon crochet d’acier,
Et, renversé sur le sol durci,
Par les haut-parleurs déchirés
Je hurle : Écoutez-moi, je vis !

Ma chute m’a ployé
Et brisé.
Mais jaillissent du métal
Mes pommettes aiguës.
Je n’ai pu agir comme convenu
En catimini,
Et, sous les yeux de tous, l’ai bondi
Du granit !

Boulat Okoudjava - Hommage au poète disparu

Sur Volodia Vissotski, je décidai de composer
une chanson :
En voilà un encore qui n’a pu retourner chez lui de la guerre.
On dit qu’il commettait des péchés, qu’il a éteint la chandelle avant le terme fixé.
Comme il pouvait, il vivait,
Mais la nature ne connaît pas d’hommes sans péché.

La séparation ne sera pas longue : un court instant, ensuite
Nous irons nous aussi sur ses traces brûlantes.
Que plane sur Moscou sa voix de baryton enroué.
Alors, avec lui, tous ensemble, nous rirons et ensemble nous pleurerons.

Sur Volodia Vissotski, je voulais composer une chanson.
Mais ma main tremblait et l’air ne s’accordait pas aux paroles.
La cigogne blanche de Moscou a monté dans le ciel blanc,
La cigogne noire de Moscou est descendue sur la terre noire.

 

 

© mardi 2 octobre 2007, par Russie.net

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